Le langage football contient à mon goût beaucoup trop de termes “bateaux”. Parmi eux, le terme de “leader”, tel qu’il est utilisé la majorité du temps, n’a jamais bien sonné dans mon esprit. Un leader dans un vestiaire, leader sur le terrain, qu’est-ce que c’est finalement ? 

Même si le terme signifie de manière claire quelqu’un capable de tirer vers le haut, il semble que ce terme soit souvent utilisé à tort et à travers en mélangeant les concepts. Je vais essayer de déconstruire pour vous le “mythe” du leader dans le football pour voir ce qui est censé se cacher derrière ce terme. 

Un leader, c’est un chef, non ?

Par définition, un leader c’est celui qui mène. Plus précisément, le Centre National des Ressources textuelles et lexicales nous dit que le leader, “c’est celui qui est au premier plan dans une activité quelconque”. Cela ne nous avance pas tellement dans notre recherche de sens. 

Pour aller plus loin, le journal Le Sport vélocipédique qualifiait de leader le “concurrent de première position”, dans le contexte du cyclisme. Sans s’étaler sur la concurrence, n’est-ce pas là la révélation même du mot de leader ? N’est-ce pas celui, ou celle, qui doit réveiller l’instinct compétiteur de chaque participant. Le leader, n’est-ce pas le personnage en première position de tout qui doit tirer le meilleur de chacun ?

Nous pouvons nous arrêter sur cette définition. Mais alors concrètement, qu’est-ce que ça veut dire “tirer le meilleur de chacun” ? C’est une expression un peu vide de sens lorsqu’elle est brute. Nous allons nous attarder sur deux concepts autour du “leader”. La gestion mentale du groupe, ainsi que l’aspect sportif qui s’accompagne. Je vais vous expliquer ensuite pourquoi un leader ne peut pas vraiment l’être s’il ne remplit pas les deux conditions. 

Un leader c’est un meneur, une personne qui transmet de l’envie, de la sérénité et du savoir !

Quand je pense leader, je pense à des joueurs comme Zlatan Ibrahimovic, Antoine Griezmann, ou encore Giorgio Chiellini. Lors de la Coupe du Monde 1998, Didier Deschamps, Zinédine Zidane ou Laurent Blanc sont présentés comme des leaders au sein de la sélection. Quel est le point commun entre tous ces joueurs ? Un caractère hors du commun. 

En effet, pour être un leader respecté et respectable, il faut montrer l’exemple. A la fois dans l’attitude et dans le comportement, il faut sortir du rang, dans le bon sens du terme. Cela signifie montrer la voie, aller dans “l’extra-ordinaire” dans ce qui mène vers la victoire. Il faut faire plus que la moyenne, que ce qui est attendu. C’est en cela que l’on reconnaît les leaders, ceux qui prennent des responsabilités sans qu’on leur demande. 

Parlons de l’aura de ces joueurs. Antoine Griezmann est reconnu comme une personne très joviale et un travailleur acharné. Zlatan Ibrahimovic est lui une personnalité unique, avec une volonté de gagner plus solide que quiconque. Laurent Blanc était surnommé “le Président”, ce surnom parle de lui-même… Je ne vais pas tous les faire, vous avez sans doute compris où je souhaite en venir. 

Un leader c’est également un exemple sur le terrain ! 

Connaissez-vous des personnalités inspirantes qui n’étaient pas des références dans leur domaine de prédilection ? Napoléon Bonaparte, leader de guerre reconnu a traversé les âges parce qu’il a obtenu des victoires dans son domaine de prédilection : la guerre. A l’inverse Nelson Mandela est et restera une figure intemporelle parce qu’il est allé au bout de ce qu’il cherchait : la paix. Albert Einstein ou Marie Curie sont encore aujourd’hui des références scientifiques parce qu’ils n’ont pas seulement excellé dans leur domaine, ils étaient parmi les meilleurs. 

Qu’on le veuille ou non, le cerveau humain fonctionne ainsi. Si quelqu’un ne vous apparaît pas légitime à prendre le leadership, alors vous ne l’écouterez pas. Même avec les meilleurs arguments du monde, si quelqu’un est contestable dans le domaine sur lequel vous l’attendez, vous ne l’écouterez pas. Le leadership passe par les discours, l’attitude, mais aussi et avant tout par la légitimité des compétences

A l’échelle d’une équipe de football, cela fonctionne pareillement. Un leader sportif s’impose naturellement par ses qualités et son niveau de jeu. Si on lui associe un comportement digne d’un chef, alors nous en faisons un leader fort. Sans l’un de ces deux facteurs, vous en ferez un bon exemple, tout au plus

Rapportons cette situation à l’AS Saint-Etienne. 

Le meilleur exemple stéphanois de ce “presque leader” ces dernières années reste Loïc Perrin. Incontestable sportivement pendant quinze ans au sein de l’effectif stéphanois, il ira même jusqu’à frôler l’Equipe de France en 2014. Cependant, il lui a souvent été reproché de ne pas avoir assez de caractère. Il multipliait les conférences d’après-matchs un peu molles, il paraissait parfois trop tendre avec ses coéquipiers sur le terrain. 

A l’inverse cette saison, Florian Tardieu et Anthony Briançon sont apparus comme des joueurs de caractère. N’hésitant pas à donner des instructions, à lever le ton lorsqu’il le fallait. Pourtant, leurs performances sportives nous laissent sur notre faim, et leur légitimité en tant que “leaders” interrogent. A l’échelle du reste de l’équipe, oui. Mais selon la vraie définition du leadership, définie précédemment, peut-on leur décerner une vraie légitimité?