La Chronique d’Erick : Le supporterisme dans l’enfance

Erick
8 Min de lecture

Le supportérisme représente une étude sociologique complexe. Beaucoup d’études tendent à expliquer (voire nourrir) certains clichés, certaines idées reçues pour qu’ils deviennent factuels ou disparaissent. L’origine, le groupe social, l’éducation et l’environnement sont autant de facteurs qui peuvent influencer notre façon de supporter. Aujourd’hui je vais essayer de m’attarder sur l’enfant, de son plus jeune âge à la fin de l’adolescence, pour vous expliquer comment il peut vivre la notion de supportérisme et comment cette dernière se développe en lui pour prendre une certaine part de sa vie. 

L’attachement et le football 

“Le système d’attachement a pour but de favoriser la proximité de l’enfant avec une ou des figures adultes afin d’obtenir un réconfort lui permettant de retrouver un sentiment de sécurité interne face aux éventuels dangers de l’environnement” Bowlby

Dans une association d’idées assez directe, j’aurais tendance à rapprocher le supportérisme, non pas de la théorie, mais plutôt de l’idée d’attachement elle-même avec le football. Grossièrement et toute proportion gardée, l’être humain, à tout âge, va chercher une figure extérieure rassurante lui permettant de se sentir bien, en sécurité et loin des tracas quotidiens. L’idée n’est pas de dire que le stade est aussi rassurant que votre maman ou votre papa, mais plutôt que le stade, ou le contexte qu’il représente, est une alternative sérieuse qui permet à tout un chacun de s’échapper de ses tracas quotidiens

Ps : Encore une fois, l’idée de la théorie de l’attachement n’a aucun lien direct avec ce que je vous explique. Ce sont deux théories bien distinctes.

Ainsi pendant l’adolescence, dans une période où la relation aux parents peut devenir difficile, le supportérisme peut être une porte de sortie décomplexante pour les jeunes adultes en devenir qui cherchent à forger leur identité dans des dynamiques qui les font se sentir bien. Le stade peut être vu comme une figure sécure et un cocon, où l’on se sent bien, indépendamment des résultats de son équipe.

Forger son identité autour du football 

Dans le journal le Dauphiné, Iouri Bernache-Assollant, maître conférencier en psychologie explique : 

“Si on se détache du mouvement hooligan, dans le domaine du mouvement ultra, la question identitaire est centrale […] Ces menaces identitaires peuvent, à un moment donné, déclencher tout un tas de comportements extrémisés.”

(Source de l’extrait : https://www.ledauphine.com/magazine-sante/2021/09/24/supporters-pourquoi-le-foot-les-rend-fous)

Cet extrait peut signifier que les supporters peuvent “ne faire qu’un” avec leur club et les résultats associés. La défaite des joueurs sur le terrain, c’est aussi la leur. Associé au fait qu’ils n’ont aucun contrôle sur le résultat d’un match, la frustration des supporters peut être très grande et amener des réactions très négatives. Pour l’enfant ou l’adolescent, l’impact peut être énorme mais nous y reviendrons plus tard. 

Autre citation que je trouve très intéressante de ce psychologue « Les joueurs ont un vrai rôle à jouer. Ce sont des modèles pour les supporters, notamment les plus jeunes.« 

Parce qu’indépendamment de l’attachement au stade, il y a également un attachement à une équipe, un club. Le stade étant une figure abstraite comparable à “la maison”, les joueurs, staff et autres membres d’un club sont des figures humaines bien réelles qui vont forcément influencer les jeunes. Pourquoi tant de jeunes footballeurs veulent ressembler à d’autres qui les ont précédés ? Puisque quand on est jeune, on se sert de modèles pour grandir, évoluer et devenir entiers en prenant un peu de chacun de ces modèles. Mais nous y reviendrons également.

A un moment de son évolution où l’enfant est en pleine crise identitaire, quel impact le football pourrait avoir en lui ? 

Comme pour l’attachement à l’autre, les premiers contacts entre l’enfant/l’adolescent et le football sont très importants. Dans notre société où la réussite est associée à des réactions positives et l’échec est associé à des réactions négatives, un supporter qui se forge dans le défaite peut avoir un attachement plus viscéral ou plus détaché (avec tous les inconvénients qui vont avec) à son club/ pays tandis qu’un supporter qui grandit dans la victoire peut avoir une attache plus “superficielle” (souvent associé à un référentiel des résultats habituels plus qu’à l’institution en elle-même) à son club/ pays. 

C’est aussi cet écart qui se creuse entre les “gros clubs” qui gagnent toujours et les plus “petits” clubs qui gagnent beaucoup moins souvent, qui provoque une différence énorme dans la façon de supporter. D’ailleurs le phénomène de “supporter de joueurs” existe en proportion bien plus dans les gros clubs que dans les petits. Et si cette notion se développe chez les supporters de petits clubs, c’est surtout par mimétisme. La notion du club (et de sa proximité) devenant abstraite et uniquement basé sur le résultat, les jeunes supporters en devenir ne vont pas s’attacher au club mais plutôt à celui qui amène le résultat : par association rapide d’idée cette personne est le joueur qui a les meilleures statistiques. Parfois, les clubs seront tellement dans le superficiel que les supporters le seront également et auront tendance à s’attacher au joueur le plus charismatique, le plus “beau”, le plus populaire

L’attache identitaire d’un jeune supporter à son club peut être nourrie de beaucoup de choses. Le contexte de supportérisme dans lequel il grandit, la possibilité ou non d’aller au stade, la potentielle proximité du club ou des membres du club avec les supporters. C’est une liste non exhaustive de ce qui peut faire la différence entre un club qui va devenir “populaire” (proche de la population, des supporters) et un club qui va devenir “bourgeois” (moins proche de la population, mais cherchant à répondre aux attentes de l’aristocratie du football). 

La première partie de cette longue analyse sur le supportérisme chez l’enfant touche à sa fin. Cette chronique en plusieurs parties sortira tout au long des prochains dimanche et apportera encore plus de précisions sur tous les domaines qui entourent l’enfant et sa relation au football et au rôle de supporter.

Partager cet article
Aucun commentaire