La Chronique d’Erick : la première touche de balle

Erick
9 Min de lecture

Cela fait longtemps que je cherche à écrire une chronique sur l’essence du football. De là découle la question de savoir quelle est cette essence ? “Football” signifie littéralement “pieds-balle”. La réponse est toute trouvée. L’essence du football se trouve dans nos pieds, et dans la façon dont nous vivons la réception du ballon. La fameuse première touche de balle. Qu’est-ce qui est plus primaire dans le football que la première touche de balle ? Nous pouvons jouer au football sans dribbler, sans faire de passes, sans faire de tacles, mais peut-on jouer au football sans toucher le ballon ? Non.

Parfois il m’arrive de jouer avec mes amis. Nous allons au stade du coin, je prends mon ballon, mes gants et nous jouons ensemble pour trois heures environ. Nous avons un niveau correct qui nous permet de jouer sans que le ballon soit une plaie pour nous. Cependant quand des non-initiés viennent jouer avec nous, cela me donne l’impression de voir un chien fou courir après une balle de tennis. Je me rappelle ensuite que j’ai été comme ça à un moment donné de ma vie. Je me rappelle mes débuts où le ballon me faisait peur, où j’avais l’impression que cette chose rebondissait partout de manière aléatoire. Alors je me suis amusé à analyser ce qui a changé. Je me suis amusé à réfléchir à tous les aspects qui entourent cette première touche de balle.

Qu’est-ce que la première touche de balle ?

Face à un ballon en mouvement, c’est le système psychomoteur qui travaille. C’est tout d’abord la façon dont notre cerveau lit la trajectoire, la vitesse, les potentiels rebonds. Puis le moment fatidique, où il faut lier le cerveau au corps, où le cerveau choisit quelle partie du corps il utilisera, comment il l’orientera, est-ce qu’il contrôlera en mouvement, de manière statique et qu’il utilisera en fonction de ce qu’il a anticipé du ballon. Un beau contrôle, c’est quand le cerveau a bien lu la trajectoire du ballon, qu’il a utilisé la bonne partie du corps de la bonne manière. C’est un peu comme de la danse. C’est un geste millimétré, qui demande une grande amplitude de la cheville, qui demande du travail, de la concentration, et énormément de répétitions.

Ensuite, il y a la réalité du terrain. Personnellement j’ai commencé le football très tard. Avec les u18 du club de mon coin quand j’avais 16 ans. Autant vous dire que quand je voyais jouer Romain Hamouma le week-end et que la semaine je me rendais compte que je me rapprochais plus de Cheick Diabaté, ça m’a fait un choc. Très rapidement, dans les entraînements, dans mon premier match amical, je me suis rendu compte que la première touche était la chose la plus importante avec le fait de lever la tête. Si tu rates ton contrôle à chaque fois qu’on te fait une passe. Si tu envoies le ballon dans les pieds de ton adversaire à chaque fois que tu essaies d’intercepter une passe. Si tu ne réceptionnes jamais un centre de la tête, du pied. Tu ne peux pas jouer au football.

L’importance de la concentration

C’est une base qu’il me semble important de répéter. Être à 100% de ses capacités, avoir bien dormi, ne pas être blessé. Ce sont des éléments très importants pour pouvoir se concentrer au maximum. Même si le foot nous paraît devenir instinctif au bout d’un moment, il est important de ne pas oublier de se concentrer, sinon on se rate. La première touche de balle, une fois qu’elle nous paraît maîtrisée et instinctive, nous permet de nous concentrer sur d’autres choses. Jusqu’à ce qu’on en oublie de s’appliquer sur la première touche. Je pense que quand on regarde du football de haut niveau, et qu’on voit un joueur qui marche sur le ballon, ou qui glisse, ou qui “oublie” le ballon. C’est tout simplement un joueur qui n’est pas concentré sur l’instant mais déjà sur le geste suivant. Et cela amène des maladresses.

De plus, ce n’est peut-être pas non plus la qualité première de certains joueurs. Il est difficile d’imaginer cela d’une des bases du football, d’un geste qu’on apprend dès le plus jeune âge. Pourtant il y a toujours des gestes plus ou moins réussis, des facilités et des difficultés. Sans doute que certains joueurs ont plus de facilité à centrer ou à dribbler qu’à recevoir la balle. Ce qui ne doit pas faciliter la tâche de leurs entraîneurs…

Le jeu en une touche

Parlons football. Contrôle orienté, une-deux, reprise instantanée. Vous aussi vous avez les frissons ? Ça parmi d’autres gestes sublimes (comme par exemple un contrôle orienté de dos pour faire un grand pont à Adil Rami, merci Romain) sont des utilisations de la première touche de la manière la plus sensuelle possible. Quand le pied devient un prolongement de la jambe. Quand le fonctionnement psychomoteur d’un sportif est quasiment parfait. Zidane, Bergkamp, Messi, nous avons l’impression que ces joueurs vivent hors du temps. Qu’ils voient les choses au ralenti et sont des artistes du ballon. 

Ajouté à cela d’un point de vue tactique et praticité, maîtriser la première touche de balle sur le bout des doigts (de pied) permet au footballeur d’avoir une palette technique beaucoup plus large et un panel de possibilités plus élargi. Quand en recevant le ballon tu es capable de faire autre chose que simplement “contrôle-passe” tu offres un confort, pour toi, tes coéquipiers et ton entraîneur qui n’a pas de prix. Les meilleurs joueurs du monde sont bien souvent des créateurs

Bien-sûr, ce n’est sans doute pas un hasard, les meilleurs joueurs de l’histoire du football ont tous une première touche de balle sublissime. Ce n’est pas sans me rappeler Dimitar Berbatov et son fameux exercice du mur. C’est sans doute parce que ce geste est travaillé, qu’il y a recherche à l’améliorer même lorsqu’il est satisfaisant. Et c’est sans doute ce qui fait la différence entre le très bon joueur. Ronaldinho disait cette chose fantastique qui devrait accompagner chaque personne dans son quotidien : “Je ne m’entraîne pas jusqu’à réussir un geste une fois, je m’entraîne jusqu’à ne plus le rater”. L’exigence de rendre beau le toucher de balle. 

Parce que tout n’est que poésie, et que la brutalité d’un contrôle à deux mètres ne va pas avec, les joueurs qui veulent respecter le football se doivent de respecter ce principe de la première touche de balle. Pour chaque joueur de football, la progression passe par la capacité à s’offrir du confort dès les premiers instants. Et quand la première touche de balle devient facile, peu importe les conditions, le reste devient encore plus facile. Sur ces douces pensées, je vous laisse, je vais taper la balle.

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