Le pragmatisme est un terme qui ressort beaucoup ces derniers temps, notamment dans le monde du football. Étant fan de l’AS Saint-Etienne, équipe qui évolue en ligue 2, ce terme est monnaie courante. Loin de proposer un jeu des plus attrayants, les équipes de ce championnat, ou leurs coachs, sont souvent qualifiés de “pragmatiques”. Comme souvent, pour un même mot il existe des dizaines de définition, en fonction de qui le prononce. L’idée dans les prochaines lignes sera de rétablir le sens de ce mot et de lui redonner sa vraie place dans son rapport au football.

Pour commencer, la définition.

Le dictionnaire Larousse qui est bien souvent ma référence quand il s’agit de définir un mot, nous donne cette définition : doctrine selon laquelle n’est vrai que ce qui fonctionne réellement / Attitude d’une personne qui ne se soucie que d’efficacité.

Ensuite la définition philosophique de ce mot, donnée par le site Toupie.org, est la suivante : Le pragmatisme est une doctrine ou un mode de pensée selon lequel la réussite pratique est le seul critère de vérité. C’est une forme d’empirisme qui valorise l’action, l’efficacité, l’expérience, la mise en pratique et ce qui fonctionne réellement plutôt que des considérations abstraites ou théoriques. Une idée ou une théorie ne peut être considérée comme vraie que si elle peut agir sur le réel.

Le pragmatisme c’est l’efficacité. Mais l’efficacité s’associe-t-elle au simple ou au complexe ?

Dans le football, le pragmatisme a été redéfini par un football simple, primaire, souvent associé au manque de saveur et de spectacle. Cela ne correspond pas à la définition du mot dans le dictionnaire. Il n’est nulle part écrit que le pragmatisme c’est d’être chiant et soporifique. A ce propos, Guardiola lui-même se définit comme “le coach le plus pragmatique du monde” (cf : Interview RMC Sport 2015). Il dit que, selon lui, la manière la plus pragmatique de gagner est de garder le ballon le plus longtemps possible le plus loin de ses buts. Il dit également que la tactique qu’il emploie dépend grandement de ses joueurs. Tout le monde n’a pas Kevin de Bruyne ou un Rodri dans son effectif, et c’est aussi là que le pragmatisme prend tout son sens. En effet, il s’agit également de s’adapter à son effectif de joueurs.

Le pragmatisme est dans le football, par définition, la manière la plus efficace de gagner. Je dirai donc par raccourci que la manière la plus efficace de gagner est de mettre des buts (au moins plus que l’adversaire). De ce fait, la meilleure manière de marquer des buts reste de se procurer le plus d’occasions possibles. Donc pour gagner, il faut se procurer le plus d’occasions possibles et en concéder le moins, et c’est dans cette optique que Guardiola a développé son jeu. L’idée n’est pas de dire qu’il y a une bonne manière de gagner puisque ce n’est pas vrai. Quevilly Rouen-Métropole est monté en Ligue 2 il y a de ça deux ans et demi en développant un des jeux les plus “primaires” du National, mais diablement efficace.

Le football est en constante évolution. Aujourd’hui, le football de transition donne la réussite aux joueurs physiquement supérieurs. Et comme toujours face à une certaine opposition, il y a deux solutions principales pour l’entraîneur : essayer d’imposer son jeu ou déjouer le système tactique en face.

Le complexe, c’est aussi se défaire des habitudes actuelles du football pour l’innover.

Ainsi, il paraît logique de se demander si le pragmatisme au football n’est pas de contrer le système de jeu adverse. La relance de cette équipe ne passe quasiment que par son milieu défensif ? Très bien on va le marquer à la culotte. La construction offensive de cette équipe passe par son avant-centre qui joue en pivot ? Très bien, on ne lui laissera aucune chance de maîtriser sa première ou deuxième touche de balle. 

Le catenaccio qui est apparu dans les années 30 en Suisse et s’est surtout révélé au monde entier dans les années 60, est une tactique qui est venue en opposition totale au football italien de l’époque. Cette tactique s’est reconstruite sur la base d’un élitisme du football qui considérait le catenaccio “pour les faibles” et qui mettait en avant un football très offensif. Les gros clubs italiens ne voulaient pas jouer selon cette méthode car se pensaient “meilleurs que ça”. Helenio Herrera a développé cette tactique très pragmatique (car diablement efficace) qui consistait à défendre très en bloc pour ne pas concéder d’occasions. Ne pas concéder d’occasions reste la meilleure manière de ne pas prendre de buts. Il avait également un schéma offensif très adapté à ce système puisqu’il procédait en phase de transition avec des attaquants très rapides. Cette tactique était redoutablement maîtrisée par ses joueurs qui dominaient outrageusement leur football national.

Pour finir, répondons une bonne fois pour toute à la question.

Je pense que le pragmatisme se trouve quelque part entre la définition littéraire du mot et la définition globale qu’on en fait aujourd’hui. Le pragmatisme est un choix, mais surtout une maîtrise de son sujet. C’est une tactique qui ne repose pas sur des faits de jeu ou une accumulation d’étoiles qui s’alignent. Ce que je viens de vous décrire c’est de la réussite. Le pragmatisme est un état d’esprit, une philosophie assumée qui se traduit donc par un comportement qui va en ce sens. Je qualifierai donc de pragmatique tout équipe qui se procure beaucoup d’occasions et qui en concède peu, puisque c’est mathématiquement la meilleure façon de gagner un match. 

Ne pas oublier que la définition du mot pragmatisme a été détournée. De “la manière le plus efficace de réussir”, la définition s’est transformée en “la manière la plus simpliste de réussir”. C’est une déformation du terme de base qui est donc erronée. Il est nécessaire d’associer les définitions appropriées aux mots qui conviennent.

Pour finir, je souhaite ouvrir le débat sur une nouvelle question. Le pragmatisme dans le football ne consiste-t-il qu’à voir la réussite à l’instant T ou celle sur le long terme ? Peut-on vraiment être pragmatique en ayant une vision efficace à court terme mettant en péril la pérennité du club de football ou de son équipe ?

Sources :

Article sur le catenaccio numéro 1

Article sur le catenaccio numéro 2

Interview de Pep Guardiola