La Chronique d’Erick : L’entraîneur doit-il imposer ou s’adapter ?

Erick
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Dans un monde en perpétuel changement, avec de nouvelles générations qui arrivent et sont parfois plus en demande de reconnaissance et d’affection que leur prédécesseurs, avec des tailles d’effectif qui changent, des joueurs de plus en plus jeunes qui arrivent dans les effectifs professionnels, ainsi que moyennes d’âges de plus en plus basses en raison de recherche de trading, il peut être difficile pour les entraîneurs de trouver la bonne recette, celle de la réussite. Il existe beaucoup de façons de faire différentes chez les coachs, que ce soit dans l’approche tactique ou dans l’approche psychologique. Tous ont une réussite plus ou moins tardive, plus ou moins efficace et surtout une vision des choses différentes. Des entraîneurs formateurs aux tacticiens purs et durs, en passant par les spécialistes de la causerie, chaque entraîneur a sa manière de faire dans un objectif bien précis. Analysons ensemble tous ces paramètres pour avoir une vision plus claire du poste d’entraîneur.

Deux aspects différents : auprès de ses joueurs et auprès de l’adversaire.

Auprès des joueurs :

Personnellement, ma vision du football et du rôle de l’entraîneur fait que, l’entraîneur n’impose pas. C’est son rôle de donner la marche à suivre. Les joueurs doivent écouter et ceux qui ne le font pas devraient être invités à changer de club. Ces derniers temps (je suis trop jeune pour remonter plus loin que les dix dernières années), les fans (ou les groupies plus précisément) ont souvent donné aux joueurs une toute puissance sous prétexte du talent ou des services rendus. Sauf qu’un club, c’est avant tout une hiérarchie. Ainsi, pour qu’elle fonctionne, chacun doit respecter son rôle et surtout chacun doit respecter sa place. Cependant ce n’est plus vraiment le cas aujourd’hui.

Il ne faut pas oublier à mon sens que le footballeur, dans sa forme la plus primaire, est obligé d’écouter et d’apprendre pour avancer. Depuis son plus jeune âge, le footballeur progresse parce que quelqu’un le dirige, l’informe, lui apprend. Tout dépend évidemment de la façon dont c’est amené. Puisque, rappelons-le, l’entraîneur, le staff, les joueurs font tous partie d’une équipe et doivent travailler ensemble. Il y a selon moi conflit d’intérêt quand un des rouages de cette mécanique décide de travailler pour lui avant tout. Mais il me paraît important de rappeler que l’entraîneur dirige ses hommes et doit donc être écouté.

A l’inverse, il ne faut pas mettre de côté que les joueurs restent des êtres humains, avec une certaine sensibilité et surtout ont tous des caractères différents. Aujourd’hui l’affect et le relationnel prennent une place prépondérante dans l’accompagnement d’un joueur dans le monde professionnel. Voici ce qu’Arsène Wenger en disait : “Dans le temps (depuis ses débuts d’entraîneur) la relation entraîneur/ entraîné passage de la verticalité (coach au dessus des joueurs) à l’horizontalité (coach au niveau des joueurs) dans les relations.”. Souvent, il faut reconnaître l’individu et sa valeur pour qu’il se sente en confiance. Il faut accepter et anticiper le côté éphémère du travail commun puisque le travail n’étant pas encore accompli, les joueurs aspirent souvent à voir si l’herbe est plus verte ailleurs.

Un entraîneur doit faire avec les joueurs qu’il a à sa disposition. Ces derniers ne sont pas toujours adaptés à son projet de jeu et c’est le travail de la direction sportive d’avoir un effectif en accord avec les volontés de l’entraîneur. Cependant un effectif ne se travaille pas en un mercato et si l’on veut avoir une vision sur le long terme, il faut dans un premier temps accepter de travailler avec ce qu’on a. Il faut donc travailler un compromis entre ce qu’on veut mettre en place et ce que les joueurs sont capables de mettre en place.

Auprès de l’adversaire :

Rares sont les entraîneurs qui ont la possibilité d’imposer leur schéma de jeu dans tous les matchs. Hormis le grand Barcelone, le Real Madrid de la fin des années 2010, le Manchester City de la saison dernière, toutes les équipes vivent un équilibre entre affronter des équipes à qui ils peuvent imposer leur style de jeu et affronter des équipes qui imposent leur style de jeu. Globalement, la mesure et le pragmatisme sont des qualités importantes pour un entraîneur de football.

Face à un adversaire, il est important de savoir les forces et les faiblesses de ce dernier, mais également les siennes. Il faut, et c’est toute la complexité du travail d’entraîneur, trouver le parfait équilibre entre ce que l’équipe adverse va proposer, ce qu’on est capable de faire et ce qu’on veut mettre en place. Un entraîneur qui a des défenseurs plutôt lents mais qui décide de jouer très haut ignore ses faiblesses et s’expose à des contres rapides qui mettront son équipe très en difficulté. A l’inverse il serait inadapté de se laisser presser par une équipe composée de joueurs qui défendent très bien en avançant.

L’adaptation nécessaire pour la survie ?

Encore une fois, ce questionnement laisse place au flou. Parle-t-on de la survie face à l’adversaire ou dans son propre club ? Les deux sont intimement liés selon moi. Si un coach décide d’être dans l’adaptation, il devra suivre cette ligne de conduite dans tous les contextes sous peine de risquer la fausse note. Tu es coach, tu demandes à tes joueurs une grande capacité d’adaptation mais toi tu ne changes pas, ça cassera forcément à un moment. A moins d’avoir des joueurs qui te suivent au doigt et à l’œil. Certains coachs ont ce mode de fonctionnement mais ont des méthodes qui ne sont plus très efficaces ces derniers temps.

Dans le monde du vivant, une espèce qui survit sur le long terme doit s’adapter à son environnement, il doit évoluer. L’évolution est la clé de la survie. Pep Guardiola dit que “l’important c’est de toujours essayer”. Même si globalement sa philosophie semble toujours être la même depuis ses débuts, ce dernier évolue dans son approche de la mise en place tactique. Il change beaucoup de petits détails dans le but de mettre en place une philosophie claire et globale. L’exigence de la progression passe par la remise en question et l’évolution. Il y a deux écoles : ceux qui pensent qu’évoluer c’est virer vers la régression, et ceux qui pensent qu’évoluer c’est virer vers la progression.

Le contexte du club, un facteur important qui définit l’approche du coach ?

La qualité d’adaptation d’un coach peut avoir ses limites. Le contexte du club, son mode de fonctionnement, de recrutement définit dans les grands clubs qui aura sa place ou non dans ce club. Il serait difficile de voir un entraîneur rigoureux comme Jürgen Klopp tenir longtemps dans un club à la gestion folklorique comme Chelsea ou le PSG, tout comme il serait difficile de voir un entraîneur imprévisible comme Marcelo Bielsa entraîner, malgré toutes ses qualités, dans un club comme le Bayern Münich tant il semble inconstant.

Il est question également de culture, de public, de moyens… Beaucoup de paramètres entrent en compte pour qu’il y ait une parfaite harmonie entre un club et son entraîneur. Cependant, encore une fois, l’adaptation est de mise. Toutes les expériences sont différentes, tous les clubs sont différents, tous les coachs le sont également. Il est invraisemblable d’arriver dans un nouvel environnement et d’y imposer sa façon de faire. Il y a évidemment un équilibre à trouver entre tous les partis.

Quelle conclusion tirer de tout cela ?

La première conclusion à tirer de tout cela serait que n’importe quelle maillon de la chaîne football doit s’adapter. La hiérarchie est depuis bien longtemps remise en cause dans le monde du football et il faut désormais travailler avec toutes les contraintes de la starification des joueurs. Il s’agit de travailler avec les joueurs et même parfois pour les joueurs. Cela demande de nouvelles réflexions autour de l’égo et de la façon de travailler dans un collectif à l’équilibre comportemental précaire.

Finalement, l’évolution du football se passe surtout lorsqu’un entraîneur avec de nouvelles idées entraîne des joueurs qui lui permettent de les appliquer. Quand je parle de nouvelles idées, je ne parle pas de choses qui n’ont jamais existé dans le football, je parle surtout d’idées qui ne sont pas actuelles, qui amènent quelque chose de différent ou qui peuvent faire la différence. Il est important de signaler que le management prend une part aussi importante que le coaching dans le football et que l’un va toujours avec l’autre pour viser la réussite.

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