Vous l’avez sans doute déjà entendu du côté d’Activ Radio il y a quelques années. Vous l’avez sans doute aperçu ou entendu à plusieurs reprises sur le plateau de l’Équipe du soir, sur Prime Video ou encore Beinsports. Vous le verrez sans doute au bord des pelouses de Ligue 1 l’année prochaine. Le plus stéphanois des journalistes sportifs se joint désormais au Talk pour une chronique occasionnelle, pour notre plus grand bonheur !

Cher Roland, Cher Bernard, 

Voilà un écrit qui ne s’annonce pas très populaire, un écrit qui ira à l’encontre des « Direction démission » éructés par les tribunes de Geoffroy-Guichard, souhaités en d’autres termes sur les plateaux de Télé et de radio, et parfois même espéré par moi-même. Voilà 20 ans cher Bernard, Cher Roland, que vous êtes à la tête de mon club, et que vous naviguez tant bien que mal dans un football qui a dépassé petit à petit le cadre des petites richesses de province et des danseuses que s’achetaient ceux qui avaient réussi… Ce football est devenu l’affaire d’État, de fonds d’investissement et des très gros sous. Probablement de trop gros sous pour vous, et ce, malgré ce que vous y avez mis. Est-ce que vous êtes les figures du football d’avant ? Peut-être. Est-ce de football dont je suis tombé amoureux ? Oui ! Vous faites partie du décorum du football de mon enfance, celui des Molaneri, des Martel, des Rousselot… 

On s’accordera tous les trois à dire que vous n’avez pas tout bien fait. La perfection est impossible et à l’impossible nul n’est tenu. Mais le foot d’aujourd’hui et son battage médiatique, dont je suis acteur, sont devenus agressifs, nocifs, et la critique se doit d’être négative au risque d’être jugé terne ou molle si elle n’est pas incisive, et pourtant… 

Je suis journaliste, pas éditorialiste, mon rôle est de peser le pour et le contre, d’être juste, d’être intellectuellement honnête. 

Cher Roland, Cher Bernard, j’ai travaillé avec vous, mais c’était il y a 15 ans, alors il y a prescription : vous avez vos défauts, vous êtes trop différents pour gouverner, d’autant que pour le faire, comme disait Churchill : il faut être un nombre impair. 

Mais sous votre mandat, l’ASSE est remontée en première division, l’ASSE a gagné un titre en 2013, l’ASSE a joué la Coupe d’Europe, vous nous avez emmenés à Old Trafford, à Brême, à Karabuk, et même à Chisineau (deux fois) … Nous avons parcouru l’Europe, nous avons vécu des saisons pleines d’émotions. Nous avons eu Galtier, Gasset, Feindouno, Aubam et Zouma, nous nous sommes identifiés à des joueurs, à des entraîneurs… Bref, vous nous avez offert une grande partie de ce qu’un supporter de foot peut espérer. Je ne suis pas dupe et vous créditer de cela serait oublier le travail de Christophe Galtier qui a probablement aidé à tenir l’institution à bout de bras. Mais c’est quand même vous qui l’avez mis là. 

Je vois et j’entends déjà ceux qui, en lisant ce texte, fulmineront en se disant que je passe sous silence toutes vos erreurs, vos ventes compulsives et vos choix d’entraîneurs que l’âge avait rendus obtus. Mais ces torts, on vous les a (souvent à juste titre) déjà tellement jetés au visage en oubliant parfois d’y opposer vos succès, car il y en a eu. Penser que le rôle de l’ASSE dans ce football est de jouer la Ligue des champions chaque année est illusoire, vous nous avez offert l’Europa League régulièrement, et des premières parties de classement plus souvent que des secondes, alors merci pour cela. 

Et puis la vente ! La fameuse vente, souhaitée par tous. Le Graal, celui qui règlera tous les maux, qui, à défaut de l’éternelle jeunesse, devra au moins nous offrir une ponctuelle cure de jouvence. Je n’insulterai pas votre intelligence en avançant le poncif « on sait ce que l’on a, on ne sait pas ce que l’on aura » mais s’agissant de cette vente, vous avez réussi à dégoûter Peak 6, 777, et autres Kachkar Thaïlandais avec une data room qui faisait reculer de deux pas tous ceux qui y glissaient un orteil. En 5 ans, vous avez mis plus de portes qu’un physio à Cannes…

Mais finalement, en voulions-nous de ces fonds, de ces personnalités fantasques, de ces financiers ? Au regard de ce qu’il se passe ailleurs, non vraiment pas ! Avez-vous décalé cette vente sciemment ou malgré vous ? Finalement, peu importe ! Tanenbaum, Gazidis et Kilmer Sports Ventures me font finalement beaucoup plus rêver que les charlots sus-cités, amateurs de multipropriété et pas garants de probité. 

À votre insu ou en conscience, par patience ou par incompétence, vous nous avez sauvés de ces naufrages que l’on observe à Troyes, à Bordeaux, voire, dans une moindre mesure, à Marseille. Alors qu’importent les motifs, qu’importe la motivation, l’avenir nous dira peut-être que cette passation est aussi à mettre à votre crédit. 

Puisqu’on a passé 20 ans à souligner vos défauts, ayons la droiture de saluer ce que vous aurez réussi, vous avez le droit qu’on salue vos succès, qu’importe si c’était parfois malgré vous ! Alors merci quand même !