Depuis quelques années des championnats “exotiques” apparaissent de plus en plus comme des destinations charmantes pour les footballeurs de tout niveau. Beaucoup de joueurs semi-pros n’hésitent pas une seule seconde à quitter leur championnat pour aller jouer dans un championnat professionnel d’un pays méconnu du monde du football pour être dans un cadre plus plaisant, et souvent pour toucher un meilleur salaire. De même les clubs n’hésitent pas à monter les enchères pour attirer des joueurs de plus en plus « côtés », attirer l’intérêt et les regards vers eux. En tant que supporter des Verts, je me rappelle avoir été agréablement surpris quand j’ai récemment vu que Jérémy Vachoux s’en allait au Vénézuela, au club de Carabodo FC. Le mouvement était inédit puisque c’est le premier joueur français à évoluer au Vénézuela.
Les championnats exotiques attirent ceux qui ne cherchent pas l’exigence mais plutôt le confort. Plus un championnat investit d’argent pour attirer des joueurs, moins ce championnat est relevé.Du moins au début… Les clubs des championnats exotiques ont besoin d’injecter beaucoup d’argent pour lancer le business et la machine à publicité. Les jeunes joueurs qui cherchent rapidement à se mettre à l’abri, les plus anciens qui souhaitent obtenir une retraite dorée. Nous allons essayer de démêler les intentions et les faits, et d’en ressortir le plus important. Quelles en sont les raisons, et quel impact cela aura-t-il sur les joueurs de demain ?
Quelles raisons à l’émigration des joueurs ?
Comme l’a dit récemment l’ancien joueur d’Al Hilal Ighalo “Nous ne jouons pas pour la passion, nous jouons pour l’argent”, et il n’y a pas de mal à ça. Je pense que je ne me mouille pas quand je dis que l’évolution de la “passion” chez les joueurs de foot est inversement proportionnel à l’argent investi dans ce sport. Attention je ne dis pas que la passion n’existe plus. Je dis que l’argent est le nerf de la guerre et qu’il n’attire pas que des passionnés.Je pourrai dériver sur tous les requins et arnaqueurs du football mais ce serait un autre débat. Aujourd’hui nous voyons un certain nombre de joueurs dans la force de l’âge se diriger vers les championnats “exotiques”. Cet été Jota et Saint-Maximin ont quitté l’Europe vers l’Arabie Saoudite. Il y a presque 10 ans Oscar quittait Chelsea pour la Chine. Cela avait choqué le monde du football.
Beaucoup de très jeunes sud-américains vont se rompre aux joutes de la MLS en sortant de leur championnat. Beaucoup font ça pour avoir une étape entre-deux l’Europe. En effet les exemples du Sud-Américains qui ont quitté le continent pour l’Europe et qui n’y ont jamais réussi,sont rentrés la queue entre les jambes à la maison sont pléthores. Mais est-ce vraiment une solution pour atteindre le très très haut niveau ? Combien de joueurs venant d’Amérique ont réussi à s’imposer dans des tops clubs européens en arrivant leurs 21 ans. Certains diront que s’ils ont le talent, rien ne les empêchera d’atteindre le très haut niveau. Je leur répondrai que les divisions inférieures en France sont remplies de joueurs extrêmement talentueux mais qu’ils n’atteignent pas forcément le très haut niveau pour autant.
Quelle conséquence pour les carrières des joueurs ?
C’est une prise de risque pour atteindre le plus haut niveau. Les joueurs ont aussi le devoir implicite de se confronter au plus haut niveau le plus vite possible. Il est connu et reconnu qu’on maximise les chances d’un jeune d’atteindre le top niveau si on lui donne du temps de jeu et de l’expérience dans les “tops compétitions” le plus vite possible. Plus le corps et le cerveau d’un joueur sont jeunes, plus ils apprennent facilement. Un joueur qui n’a jamais vécu de match “intensité LDC” aura plus de mal à s’y adapter plus tard.
Il existe deux façons de voir les choses. Il existe ceux qui pensent que le football est comme le vélo, qu’il ne s’oublie pas. Et il y a ceux qui pensent qu’une seule année en Arabie Saoudite, pour un joueur de 24 ans qui attendrait son transfert au Real Madrid par exemple, serait catastrophique. A cet âge là un joueur est toujours en pleine maturation technique. Il a toujours un travail à faire sur le plan tactique, sur sa régularité, sur l’intensité qu’il met dans son travail de tous les jours. Faire une “pause” dans tout cela risquerait de lui faire prendre un retard dans sa progression potentiellement irrattrapable.
Est-ce la volonté de ne pas se prendre la tête et d’être un gros poisson dans une petite mare ? Comme dit précédemment, les joueurs cherchent parfois le confort facile. Quand je dis confort, c’est très relatif. Les joueurs font énormément de sacrifices dès le plus jeune pour atteindre le haut niveau. Certains n’ont plus la force de continuer sur cette lancée, d’autres n’en ont jamais eu envie et se contenteront du premier salaire respectable sur lequel ils tomberont. L’objectif de monsieur tout le monde n’est pas forcément de devenir le meilleur du monde dans la catégorie et ça peut se comprendre également. Qui sommes-nous pour demander plus d’exigences aux autres si nous ne sommes pas leur entraîneur. Tant qu’un joueur respecte son maillot et son club, doit-on exiger de lui qu’il vise plus haut ?
Quelles conséquences pour le football Européen?
Cela fait le tri entre ceux qui apporteront un plus au football européen et ceux qui ne cherchent qu’un confort sur le court terme. Chaque joueur, chaque entraîneur qui quitte l’Europe pour un championnat exotique peut être vu comme une perte. Mais nous pouvons aussi voir les choses de façon optimiste, cela laissera peut-être une place à un autre qui sera peut-être plus motivé. Quelqu’un qui sur le long terme apportera plus car plus exigeant.
Il existe beaucoup de situations où plusieurs jeunes se battent pour un même poste dans un même club. Une fois que l’un d’eux quitte le club, si l’autre donne satisfaction, il aura sa place. Partons du principe qu’il y a suffisamment de bons joueurs pour contenter tout le monde et que chaque départ, dans un championnat exotique ou non, donne sa chance à un autre joueur de s’imposer.
La différence s’est déjà faite en Europe, on repère très vite les “mercenaires” qui saisissent la première opportunité de quitter leur club pour le moindre “upgrade” des joueurs plus posés. Les premiers cités ont souvent une carrière plus aléatoire, moins cohérente (et cela leur convient sans doute très bien). Mais le manque de prise de recul coûte souvent cher sur le long terme. Cette différence entre ces deux catégories de joueurs s’intensifiera avec le temps. Les joueurs gagneront sans doute à miser sur la stabilité et la réflexion en terme de carrière, tandis que les autres gagneront de leur côté à saisir la moindre chance et à voir l’herbe toujours plus verte ailleurs en termes d’argent.
Pour moi les carrières inversées se banaliseront de plus en plus. Premièrement parce que le niveau de ces championnats dits exotiques s’élèvera avec le temps, et en feront sans doute des championnats compétitifs. Deuxièmement parce que l’argent en décidera ainsi. Des joueurs quitteront très jeune leur championnat formateur pour un plus exotique, et reviendront plus tard. Ce sera la norme. Ils reviendront sans doute avec un niveau inférieur à ce qu’ils étaient avant, ne joueront plus les premiers rôles, mais reviendront quand même.
Non, avec l’avènement de l’argent, le football n’est pas mort. De quel football parle-t-on à ces mots ? Tant qu’il y aura des gens pour taper dans un ballon, le football sera vivant. Le football d’aujourd’hui est différent. Il y a beaucoup à en dire en termes de psychologie, de sociologie. Il est toujours possible d’analyser le foot et seule la réalité du terrain compte. Les règles changent, les joueurs changent, mais le football reste.









