Dans une interview très intéressante accordée au magazine So Foot, Claude Puel s’est livré sans concession au sujet du projet de l’ASSE et de la compétitivité du football français. L’entraîneur et manager général stéphanois a expliqué que l’objectif est de viser la Ligue des Champions d’ici deux ou trois ans et il a donné son avis quant aux méthodes qu’il faudrait mettre en place pour que les clubs s’améliorent.

Un modèle financier qui ne tenait plus

« Aujourd’hui, on ne peut pas positionner un club dans le tout physique ou le tout technique. Le très haut niveau demande d’avoir toutes ces particularités en même temps. L’objectif, ici à Saint-Étienne, c’est la Ligue des Champions dans deux ou trois saisons. Mais il y a un modèle qui n’est plus tenable financièrement… Sur les deux derniers mercatos, je n’ai pu faire seulement que deux fois 400.000 euros de transferts (ndlr : Maçon en janvier puis Neyou cet été). »

Trois mesures pour le foot français

« Pour être performant, il faut garder ses meilleurs joueurs. L’Espagne, l’Angleterre, l’Italie et l’Allemagne gardent leurs meilleurs joueurs. Nous, non. Pour éviter ça, il faudrait envisager des partenariats avec l’UNFP. L’aspect financier est devenu primordial. On est entrain de former des gamins, et lorsqu’ils fêtent leurs 16 ans, il faut dépenser un argent pas possible pour les fidéliser, alors qu’ils n’ont encore rien prouvé ! On ne protège pas notre football. Deuxième mesure ? La philosophie de jeu. Avant, c’était ça, le football français : la fluidité, la technique, l’agilité. Maintenant, c’est beaucoup de verticalité, de prise d’espace. On chercher avant tout des joueurs puissants, rapides. Ils sont bons avec le ballon ? C’est devenu secondaire. On va chercher un avant-centre parce qu’il mesure 1,90m et qu’il va donner deux coups d’épaule au défenseur. Le type n’arrive pas à contrôler devant le but ? Pas grave, la vitesse et la puissance vont faire la différence… Pour moi, c’est l’intelligence de jeu et la technique qui comptent. Le gamin qui a des facilités techniques, il va les exprimer. Il aura un peu moins d’agressivité, certes, mais je préfère travailler avec eux plutôt qu’avec des joueurs qui n’ont pas de pied, pas d’expression, pas d’intelligence de jeu et qui ne peuvent pas s’inscrire dans un jeu combiné. Troisième mesure : faire jouer les équipes réserves dans les championnats pros pour les aguerrir au contact d’anciens pros et les préparer au haut niveau. Je serais partisan qu’on puisse retrouver ces équipes en National, et pourquoi pas quatre ou cinq en deuxième division. »