Alors que l’ASSE espérait enfin lancer sa saison, elle s’est de nouveau inclinée sur le fil contre une équipe de Rodez qui n’a pas mis l’ASSE en très grande difficulté. Un cadeau de Denis Appiah aura permis aux Ruthénois de glaner trois précieux points. Décryptons ensemble la rencontre.

Analyse d’un point de vue statistique

La possession était légèrement en faveur des stéphanois (52,8%). Cependant, comme contre Grenoble n’ont pas gagné la majorité des duels. Au global seulement 44,3% de duels gagnés, et 46,9% de duels aériens gagnés. C’est une information qui prouve bien que les stéphanois ne mettent pas l’intensité nécessaire pour prendre le dessus sur leur adversaire.

Le jeu sur les ailes laisse également à désirer. Au-delà du fait que l’ASSE n’a gagné que 2 corners sur tout le match (contre 10 pour Rodez), les verts n’ont centré que 10 fois avec une réussite de 20%… Les Ruthénois de leur côté ont centré 28 fois avec une réussite de 39,3%, soit quasiment le double.

(Statistiques récupérées sur le site ligue2.fr)

Comment l’équipe s’est-elle comportée dans le jeu ?

Laurent Batlles a opté pour un positionnement en 3-4-3 à plat avec Victor Lobry qui monte au niveau des attaquants. Il occupait le poste de numéro 10 même si dans l’animation il était assez libre et peu souvent derrière les attaquants. Les milieux centraux pas tout à fait à plat puisqu’un évolue plus haut que l’autre En effet Benjamin Bouchouari jouait souvent aux côtés de Victor Lobry pour former un milieu à 3 avec Lamine Fomba en pointe basse et nos deux milieux relayeurs très hauts.
Photo 3-4-3

  1. LES POINTS POSITIFS

Les milieux se comportaient comme des demi-ailiers. (3’11) Qu’ils apportent leur présence dans le demi-espace pour soutenir le piston est une consigne de Batlles qui est rarement appliquée. En l’absence d’un attaquant polyvalent et d’un 10 performant, ce sont à eux de monter à ce rang. Bouchouari et Moueffek sont deux milieux qui ont les capacités pour le faire. D’ailleurs Bouchouari s’est offert deux très belles occasions dans ce match en passant par là. Fomba a aussi tenté de le faire mais n’a pas les qualités pour performer dans ce registre.

Thomas Monconduit montait parfois et accompagnait les offensives stéphanoises. Ce surnombre et le placement plutôt sur les côtés de ses coéquipiers lui permettait de trancher dans l’axe du terrain et d’apporter souvent le bon geste grâce à sa technique et sa vista.

2. LES POINTS NEGATIFS

Il y avait clairement un manque d’intensité sur les contre-attaques. Les milieux de terrain étaient trop passifs sur les trois secondes qui suivent la récupération de balle. Hormis Bouchouari qui se projetait très vite, les autres milieux étaient spectateurs. C’est peut-être une consigne de Laurent Batlles mais cela a annihilé beaucoup de possibles occasions. Est-ce une volonté de poser le jeu plutôt que de profiter des transitions ? Plusieurs fois les joueurs ne profitent pas d’une transition et préfèrent repartir de l’arrière.

Ibrahim Sissoko se comporte encore comme un meneur de jeu alors qu’il n’en a pas les capacités. Déjà la semaine dernière contre Grenoble l’attaquant stéphanois a beaucoup décroché. Chacune de ses prises de balle se solde par une perte de balle et il n’apporte rien de bon dans ce registre. Si c’est une consigne de Batlles elle est inefficace, sinon le joueur joue dans le mauvais registre de jeu. (3’40). Sur ce match, il a été partout sauf dans la surface, ce qui est quand même son rôle préférentiel de base.

Pétrot s’est montré très actif mais était peu accompagné. Il a montré plein de bonnes volonté et a essayé de monter mais il n’a clairement pas les qualités d’un piston alors chaque montée n’a mené à rien. Nous sommes en droit de nous questionner sur l’apport de Chambost sur ce genre d’action où il se devrait d’accompagner son coéquipier. (34’40)

Il y a une vraie incapacité à lancer Wadji dans le bon espace. Par plusieurs fois, Wadji se lance dans la profondeur comme il en a l’habitude mais n’est pas servi pour le mettre en position idéale. C’est une grosse problématique puisqu’il marque la majorité de ses buts de cette manière. Depuis le départ de Krasso, le club n’a plus de joueur capable de bien le servir et cela risque de nous coûter cher sur la saison. (31’40) (67’20)

Comment l’équipe s’est-elle comportée défensivement ?

En phase défensive, avec deux joueurs à vocation purement défensives sur les côtés, Batlles a choisi un positionnement en 5-2-1-2 avec le 10 qui couvre l’axe et les deux 9 qui couvrent le demi-espace et l’aile sur la première relance (5′). C’est une stratégie qui a permis d’être plus solide sur les contres, en concédant moins d’espaces et donc moins d’occasions nettes. Cela a également permis d’avoir une couverture assez efficace de la largeur du terrain. Le problème étant encore cette récurrente passivité des joueurs lorsque les adversaires approchent la surface. Ces derniers se sont encore trop baladés et il semble clairement que cette équipe manque d’un 6 capable de stopper ce genre de phénomène.

Il semble qu’il y ait un manque de communication criant dans cette équipe. Au-delà des incompréhensions à la construction, c’est surtout parfois sur certaines prises de risque défensives que cela interroge. Plusieurs fois dans la partie (Batubinsika 24’20 et Denis Appiah sur le but notamment) des joueurs se retrouvent à avoir des comportements totalement inadaptés à ce qui les entoure à l’instant T. Il est évident qu’un joueur n’a pas forcément conscience de ce qu’il se passe autour de lui, c’est ce qui nous met la puce à l’oreille sur ce problème. Plusieurs fois les joueurs se mettent en danger, et mettent en danger l’équipe sur des situations très dangereuses ou des joueurs viennent rapidement sur eux sans qu’ils soient prévenus, ce qui les amène à faire des erreurs grotesques.

Comme montrée par les statistiques, l’ASSE ne s’est, encore une fois, pas imposée dans le duel. C’est problématique pour plusieurs raisons. La première raison est que l’ASSE ne semble pas rôdée dans son pressing, les joueurs ont toujours quelques dixièmes de secondes de retard dans la réaction, à la fois avec et sans ballon. Cela n’est pas possible si les joueurs veulent gagner des matchs. C’est sans doute un problème au niveau mental, et notamment de concentration puisque des joueurs de ce niveau sont habitués à être dans l’anticipation et dans la réaction instantanée. En témoignent nos adversaires qui sont constamment en avance sur nous dans chaque duel.

Qu’en est-il des entrants ?

Une fois n’est pas coutume, Laurent Batlles a effectué ses changements assez tôt dans le match. L’entrée de Karim Cissé, bien que plus discret que contre Grenoble, lui aura permis de s’offrir une belle occasion de marquer à la 70ème minute. De son côté Mathieu Cafaro a paru emprunté sur son entrée en jeu. Le piston stéphanois a semblé limité physiquement et peu inspiré. Nous pensons qu’Aïmen Moueffek, malgré quelques bonnes projections, pourrait se montrer plus, faire preuve de plus de caractère.

Globalement même si les remplacements ont été anticipé, ils n’ont pas amené grand chose. Karim Cissé semble plus « bridé » que contre Grenoble, malgré cela il a réussi une belle ouverture pour Moueffek en fin de match et s’est procuré une belle occasion également. Chambost de son côté a été absent des débats, tandis que Briançon n’a pas paru très en forme encore une fois.

Point spécial : Coups de pied arrêtés

Comme à l’habitude, nos joueurs sont d’une faiblesse abyssale sur coup de pied arrêté. Est-ce au moins travaillé en semaine ? Ces derniers sont tirés sans aucune application. Il ne semble pas y avoir de schéma travaillé. Cela donnerait presque l’impression que les coups de pied arrêtés (y compris défensifs) sont ignorés par le staff et que chaque week-end quand un d’entre eux arrive, ce soit la panique du côté des joueurs. Même après les avoir visionné plusieurs fois, il nous est impossible de déterminer s’ils sont travaillés à l’entraînement, ou non.

Nos impressions

Il nous faut un meneur de jeu, et vite ! Il n’existe actuellement aucun joueur de provocation, de percussion dans l’effectif. Nous avons un jeu derrière les attaquants qui est fade. Le trio Wadji, Chambost et Sissoko a une créativité qui est proche du néant. Nos milieux de terrain sont obligés de monter, comme Fomba qui va dans le demi-espace (28’50) et qui ne sait pas quoi faire du ballon. Il n’y a aucune cohérence dans la composition d’équipe et Laurent Batlles préfère continuer à aligner les mêmes joueurs qui ne créent rien plutôt que d’essayer d’autres choses.

Nous avons remarqué lors du dernier match beaucoup de fautes idiotes (Fomba 14’50, Lobry 26’30 entre autres). Il y avait souvent du retard sur les interventions. Mais au-delà du retard, dans le comportement des joueurs il y avait ce qui pourrait ressembler à de la frustration. Toujours est-il que les joueurs sont en difficulté dans les duels et qu’il est facile de lier cela à leur état d’esprit.

Pour aller plus loin que sur les parties précédentes, nous sommes en droit de nous demander : que travaillent les joueurs à l’entraînement ? Il ne semble n’y avoir aucun circuit de passe, aucun mouvement, on ne touche personne sur CPA. Il y a beaucoup d’exemples sur ce match, comme une récupération haute (19’30) où Wadji et Sissoko se télescopent. Un coup-franc que Monconduit frappe dans le temps additionnel (90+2′) où tous les joueurs restent en dehors de la surface sans y aller. Les joueurs semblent parfois en roue libre totale. Il est difficile de donner tord à Briançon quand il parlait de retrouver un état d’esprit, mais que fait le staff ? Comment prépare-t-il les matchs ?

A l’image du but de Rodez sur CPA, de l’action qui suit (42’50) et de ce qu’on subit depuis bien longtemps, nos adversaires savent qu’une action avec du mouvement de leur part va nous mettre en difficulté. Depuis l’arrivée de Batlles il y a très peu de mouvements, d’intensité mise dans chaque action. Cela interroge puisqu’on a parfois l’impression que les joueurs se voient trop beaux pour avoir besoin de mettre de l’intensité. Dans beaucoup de situations ils trottinent, sont passifs et donc en retard. Or c’est à chaque fois la même mais c’est la passivité de nos joueurs, leur manque de déplacements, de mouvements qui nous coûte cher dans les deux surfaces. Le passe-et-suis n’existe pas, les joueurs ne proposent rien après avoir passé le ballon, ils se retrouvent souvent à plusieurs dans la même zone loin du ballon.

Pour finir sur cet article, nous espérons des changements lors du match de ce week-end contre QRM, notamment dans l’attitude. Chacune des parties du club est à blâmer pour ce début de saison catastrophique et c’est une représentation honteuse de notre club.