Spécialisé dans l’économie, le marketing et la stratégie du sport, le site Ecofoot.fr a consacré un article aujourd’hui au « modèle de gouvernance du football professionnel français » et a interrogé Didier Poulmaire sur le sujet. L’avocat d’affaires et Président de Poulmaire Avocat & Fiduciaire évoque notamment la situation de l’ASSE et son tandem de Présidents. Extraits.

Une structure peu utilisé dans le football professionnel

« L’adoption d’une structure dualiste, c’est-à-dire avec directoire et conseil de surveillance, n’est pas la forme la plus fréquemment choisie au niveau des sociétés commerciales en règle générale, et encore moins dans les clubs de football professionnel. C’est plutôt la formule du conseil d’administration avec un président à sa tête qui est la plus usuelle. La structure dualiste peut se justifier lorsqu’on souhaite clairement répartir les rôles entre un dirigeant opérationnel, qui prend la présidence du directoire, et un actionnaire plus contrôleur, qui prend la tête du conseil de surveillance. Le directoire est vraiment l’organe gestionnaire du club et le conseil de surveillance, comme son nom l’indique, l’organe qui contrôle la manière dont le directoire dirige le club et exécute un plan de développement qui a été arrêté par ce même conseil de surveillance. »

Une crise due à de nombreux désaccords entre les Présidents ?

« Il est évident que lorsque des désaccords surviennent entre le directoire (présidé par Romeyer) et le conseil de surveillance (présidé par Caïazzo), ceux-ci font entrer la société exploitant le club dans une situation de tension qui peut même déboucher sur une crise. Dans le cas de l’ASSE, on peut quand même remarquer que la cohabitation des deux actionnaires dans leur rôle respectif a plutôt été bien gérée pendant de nombreuses années. Les difficultés sportives combinées avec des difficultés économiques récurrentes sont bien entendu de nature à tendre les rapports entre actionnaires, surtout quand les visions pour s’en sortir divergent. Le caractère public de ces désaccords a nécessairement pu jouer un rôle déstabilisant dans le fonctionnement du club au quotidien. La communication récente des deux actionnaires sur la volonté de vendre peut être vue comme l’aboutissement de cette période de tension voire de divergence profonde sur l’avenir du club. Sans compter que les deux actionnaires ne sont pas dans la même situation professionnelle et personnelle, et que leurs attentes respectives en relation avec l’avenir du club peuvent donc diverger sensiblement. »

L’ASSE, une très belle marque du football français

« Je ne suis pas convaincu que les tensions dans la gouvernance puissent expliquer les difficultés éventuellement rencontrées pour vendre le club. L’ASSE est plutôt une très belle marque du football français et dispose de nombreux atouts pour séduire des investisseurs. Lorsqu’un acquéreur procède à l’achat d’un club, la gouvernance est entièrement modifiée et sera constituée des personnes clés mises en place par le nouvel actionnaire propriétaire.  Donc les tensions passées ne sont pas, à mon sens, susceptibles de dissuader un acheteur de faire l’acquisition de Saint-Étienne. En revanche, les difficultés de vendre le club peuvent trouver leurs explications dans d’autres paramètres importants pour une telle opération : la question de la valeur donnée au club par ses propriétaires, la manière dont le prix de vente a été fixé par les vendeurs et les benchmarks avec des cessions récentes, en distinguant l’avant-COVID et l’après, ou encore des conditions spécifiques posées par les vendeurs telles que le maintien d’un dirigeant dans l’organigramme futur, peuvent être des freins réels dans le processus de vente. »

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