À l’approche du derby, la pression et le stress montent pour tous les Stéphanois et leurs voisins lyonnais. Mais ce n’est pas tout : les souvenirs ressurgissent aussi. Pour nous, Stéphanois nés dans les années 90, ce match est synonyme de profondes douleurs footballistiques vécues pendant notre enfance, jusqu’à ce que les rayons de soleil de l’ère Galtier nous redonnent un peu d’espoir, avant que la brume de la Ligue 2 ne retombe sur nous.
Des souvenirs amers, donc, mais aussi de beaux moments. Aujourd’hui, je vais vous raconter l’un de mes meilleurs souvenirs de derby. Et ce n’est pas très original, mais il s’agit du 100ᵉ derby. Ce qui est original, en revanche, c’est la façon dont je l’ai vécu, à des centaines de kilomètres du Forez et de la France, sans aucune image.
Les Verts favoris
Nous sommes le 27 septembre 2010, l’ASSE vit un début de saison exceptionnel puisqu’elle est deuxième au classement, tandis que les banlieusards sont 18ᵉ. Les Verts sont donc forcément favoris, me direz-vous… Non, à cette époque, nous n’avions pas gagné de derby depuis 1994. Les attentes sont énormes, et la pression est bien sûr sur Sainté et son coach de l’époque : Christophe Galtier.
Sur le terrain, Payet, Matuidi, Janot, Perrin et Rivière affrontent les Toulalan, Gomis, Briand, Lovren et Lloris. Sur le banc adverse, le futur fossoyeur de l’ASSE, Claude Puel, est menacé de quitter la banlieue en cas de défaite. Mais, contre toute attente, c’est l’OL qui prend les rênes de la rencontre. Nous sommes complètement dominés et subissons les attaques lyonnaises de plein fouet. Le seul joueur à surnager est Dimitri Payet.
Mais tout ça, je ne le sais pas. Je passe ma soirée au fin fond de l’Italie du Nord, chez Giulia, pour ses 16 ans. Il y a une vingtaine d’invités que je ne connais pas et qui ne parlent pas français. Je suis là, seul, à stresser pour le match le plus important de ma vie de supporter. Et je vis ça sans image ; mon seul moyen de connaître le déroulé du match est de recevoir les messages de mon père sur mon Nokia à clapet, sans aucun accès à internet.
Les SMS et le Spritz
Les SMS étant surchargés entre deux pays à l’époque, je ne reçois que quelques messages. Un à la mi-temps : « On va perdre. On est dominés. » Un autre vers la 65ᵉ minute en réponse à mon « On perd ? » : « Non, toujours pas. » Et puis, et puis… « BUUUUUUUUUUT ! » Mon cœur se met à battre à tout rompre pendant que je sirote mon Apérol Spritz, qui me monte à la tête en moins de deux. J’essaie alors de baragouiner en italien pour faire comprendre à tout le monde ce qui se passe. Bien sûr, personne n’a entendu parler de l’AS Saint-Étienne. Au contraire des vieux Italiens, les jeunes connaissent plutôt l’OL. Mais j’utilise alors le mot magique « Platini », alors, les yeux de quelques supporters de la Juve s’illuminent.
Et là, le couperet tombe : « On a gagné. Allez les Verts ! » J’exulte ! Je me dis que c’est enfin arrivé, qu’on l’a fait ! Que j’ai dû attendre 16 ans de ma vie pour voir mon équipe gagner face à l’ennemi juré. Payet nous a vengés ! J’oublie toutes les défaites frustrantes. J’oublie Benzema et Juninho. On a gagné le 100ᵉ derby. C’est seulement le lendemain que je verrai le coup franc de Payet et les images de joie dans les rues stéphanoises. Mais le plus important, comme l’avait dit Janot après la rencontre : « Sur 100 derbies, Sainté a plus de titres, plus de victoires et plus de victoires en coupe, donc Sainté est devant Lyon. » Et c’est tout ce qui compte.










