Un des plus grands joueurs de l’histoire du football nous a quittés hier, en la personne de Franz Beckenbauer. Bien sûr, son histoire est liée à l’Allemagne et au Bayern Munich, avec qui il a tout remporté, et est devenu l’une des plus grandes légendes de ce sport. Cependant, son parcours est également lié à l’AS Saint-Étienne, puisqu’il a affronté les Verts à cinq reprises en Coupe d’Europe des clubs champions.

Bien sûr, tout Stéphanois qui se respecte connaît la finale de 1976 à Glasgow et la demi-finale en 1975. Cependant, le Kaiser avait déjà croisé le fer avec les Verts en seizièmes de finale de la plus prestigieuse des compétitions européennes en 1969. À cette époque, le Bayern Munich n’est pas l’ogre qu’il est devenu depuis. Le club bavarois vient d’être sacré champion d’Allemagne pour la première fois depuis 1932. Malgré une victoire en Coupe des Coupes en 1967, il s’agit de leur première participation en C1. Ils ne sont donc pas habitués à la compétition, contrairement aux Verts, entraînés par Albert Batteux, qui avaient été éliminés par le Celtic Glasgow lors de la saison précédente.

Un match aller décevant

Le match aller se déroule donc au mythique Olympiastadion de Munich devant près de 40 000 spectateurs. Beckenbauer n’est pas la seule légende du côté bavarois, car il est accompagné notamment de Sepp Maier, Gerd Müller et Franz Roth. Ce dernier nous causera tant de douleur sept ans plus tard en inscrivant le but de la victoire lors de la finale de la Coupe d’Europe des clubs champions. Du côté stéphanois, l’équipe est menée notamment par Salif Keita, Georges Bereta, Hervé Revelli et Aimé Jacquet. Les Stéphanois et tous les Français sont pleins d’espoir pour ce match dans lequel ils sont quasiment favoris. Mais les espoirs seront vite douchés car lors de leur première occasion, les Allemands ouvrent le score par l’intermédiaire de Brenninger. Les Verts continueront d’espérer jusqu’à la 50ème minute et le but de Roth. Défaite donc à Munich malgré un discours incroyablement fort de Batteux avant le match, d’après Roger Rocher qui avait déclaré : « Jamais Batteux n’aura été aussi précis, aussi vivant. Jamais l’attention n’aura été aussi soutenue ».

Un match retour légendaire

Le match retour se déroule donc 15 jours plus tard dans un chaudron en ébullition qui va vivre le premier grand exploit européen de son histoire. Les Verts ont besoin de gagner avec 3 buts d’écart pour se qualifier au tour suivant. Fait complètement invraisemblable, pour nous Stéphanois du 21ème siècle, un émissaire bavarois a déroulé une banderole dans le stade sur laquelle est écrit « Munich a été enthousiasmé du beau match de l’A.S. Saint-Étienne. Munich salue tous les Français. ». Un geste amical pour l’époque, seulement 25 ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale où la haine anti-allemande est toujours très forte dans l’hexagone.

Mais les Verts ne se laisseront pas attendrir par ce geste amical, puisque 2 minutes après le début de la partie Hervé Revelli ouvre le score sur un corner dévié. Le public et les joueurs commencent déjà à croire en l’exploit. À partir de là, les Stéphanois sont comme transcendés. Ils se ruent en attaque et ont de nombreuses occasions toutes repoussées par l’immense Sepp Maier. Et après une demi-douzaine d’occasions, le portier allemand craque enfin sur une tête de l’inévitable Revelli. 2-0. Malgré quelques occasions munichoises ensuite, l’ASSE marque le 3ème but via une tête magnifique de la panthère Keita à la 82ème minute. C’est fait, les Verts éliminent le Munich du Kaiser Franz Beckenbauer.

Un retournement de situation invraisemblable qui forgera la légende verte et marquera les esprits des amoureux du foot. Robert Vergne, alors journaliste de l’Équipe, titrera « Comme Napoléon à Austerlitz, ceux qui ont assisté à cet exploit extraordinaire pourront dire longtemps encore : J’y étais ! »

Cet exploit sera malheureusement suivi d’une élimination au tour suivant face au Legia Varsovie. Mais Saint-Étienne recroisera de façon moins heureuse le Kaiser Beckenbauer en 1975 et 1976. La légende allemande signera au Hambourg SV quelques semaines avant la double confrontation face à l’ASSE en 1980. Il ne foulera en revanche pas la pelouse lors de ses 2 matchs légendaires et ne subira donc pas la défaite historique 5 à 0 lors de la demi-finale aller de la C2.

Franz nous quitte donc sans jamais avoir gagné à Geoffroy Guichard, mais sa légende restera liée à la nôtre pour toujours.