Alors que partout dans le monde du football professionnel, la progression des joueurs en prêt est quasiment une norme, l’ASSE fait exception. En effet, non seulement les prêts de jeunes joueurs se font rares, mais en plus ils ne sont que trop rarement fructifiants. Beaucoup de jeunes joueurs de l’ASSE reviennent au club avec un sentiment extérieur que ces joueurs n’ont pas progressé, voire qu’ils ont régressé. Quelles sont les raisons de ces échecs ? Peut-on simplement résumer ces situations au niveau des joueurs supposé trop bas ? Nous allons explorer en détail ce sujet pour vous en préciser les tenants et les aboutissants.

Une volonté des joueurs ?

Le premier point à mettre en avant est, selon nous, la volonté des joueurs. Nous pouvons vous citer deux exemples récents de ce cas : Bilal Benkhedim et Arnaud Nordin. Le premier cité, lors de l’arrivée de Claude Puel, avait été encouragé à explorer des pistes de prêt pour s’aguerrir, mais le joueur avait refusé le prêt et la proposition de prolongation qui allait avec. Il souhaitait s’imposer directement avec l’équipe première. Cela a été préjudiciable pour sa carrière, lui qui évolue désormais en Régional 1 avec la réserve du Puy Foot.

Le second exemple, celui d’Arnaud Nordin est un peu plus marqué de réussite, associé à de la frustration. En effet l’ancien ailier stéphanois avait bien été prêté à Nancy lors de la saison 2017-2018. Ce prêt plutôt réussi montrait surtout une réelle progression du joueur sur la fin de saison. A la fin de celle-ci, les deux clubs étaient d’accord pour un second prêt, afin que le joueur confirme les espoirs placés en lui en Ligue 2 et s’arme encore mieux pour la Ligue 1. La proposition a été refusée par le joueur qui souhaitait tenter sa chance directement en Ligue 1. Au final, les quatre saisons qui ont suivie n’ont pas montré le meilleur visage du joueur, cantonné au rôle d’éternel espoir qui ne prouve pas. Désormais à Montpellier, Arnaud Nordin semble enfin montrer une progression dans son jeu.

Ces exemples montrent qu’un joueur peut parfois lui-même entraver sa progression. Parfois perçu par les joueurs comme un désaveu, le prêt est en réalité une solution à court-terme pour permettre aux joueurs d’évoluer dans un nouvel environnement, sortir de leur zone de confort et obtenir du temps de jeu. Récemment, beaucoup de joueurs sont passés par un prêt pour se révéler et revenir encore plus forts. Les deux meilleurs exemples des dernières saisons sont sans doute Hugo Ekitike et Randal Kolo-Muani.

Une absence de niveau intermédiaire ?

L’ASSE semble manquer de joueurs intermédiaires. Qu’est-ce que signifie le terme « intermédiaire » ? Il définit les joueurs qui ne sont pas prêts pour l’équipe première mais qui mériteraient de jouer plus haut. En effet l’ASSE a très souvent sorti des joueurs qui ont rapidement pris part à la rotation. Récemment William Saliba, Wesley Fofana ou encore Lucas Gourna-Douath ne se sont pas fait priés pour intégrer l’équipe première jeunes. Ce sera également le cas de Mathis Amougou la saison prochaine, sans aucune doute.

Le joueur intermédiaire serait Mahdi Camara, Louis Mouton ou plus anciennement Moustapha Bayal Sall. C’est-à-dire un joueur qui a besoin d’être développé, accompagné et respecté sur plusieurs années pour développer son potentiel. En soi, l’ASSE ne manque pas de joueurs intermédiaires. Dans tout club il existe des jeunes joueurs avec lesquels il est nécessaire de se projeter. Mais le club n’a pas trouvé la bonne méthode pour accompagner ces joueurs, ou ne le cherche tout simplement pas, ce qui nous amène au point suivant.

Une absence de prise de responsabilité du club préjudiciable

Sur ce sujet il est important de ne pas négliger la responsabilité du club. A savoir que pour un joueur atteigne le haut-niveau, il est nécessaire (dans l’immense majorité des cas) qu’il suive trois étapes. Tout d’abord la pré-formation, qui se fait en théorie du début de la pratique jusqu’à 14/15 ans. Ensuite la formation, c’est l’étape intermédiaire qui prépare au « football d’adulte ». Pour finir la post-formation, cela correspond au temps que l’on donne à un jeune pour s’adapter, prendre ses marques dans le football d’adulte. Evidemment, plus le joueur passe les étapes au plus vite, et plus il est capable d’effectuer sa post-formation à haut niveau, plus il sera considéré comme un « grand potentiel ». Conséquemment il aura « plus de chances d’évoluer à haut niveau ».

Les joueurs définis comme des « cracks » atteignent très souvent le monde professionnel avant leurs dix-huit ans, et obtiennent rapidement beaucoup de temps de jeu. Seulement il existe énormément d’exceptions, de joueurs prenant leur temps et atteignant le très haut niveau sur le tard. A savoir qu’un potentiel n’est pas factuel, pas calculable et qu’il est donc une donnée variable. Nous pouvons estimer le potentiel d’un joueur mais il est impossible de le deviner. Divers éléments et paramètres peuvent changer la donne au cours d’une carrière.

Ainsi chaque club choisira d’accompagner tous ses joueurs de manière à maximiser leurs chances d’atteindre le niveau professionnel. Potentiellement, chaque joueur est vu comme une plus-value sportive et/ou financière pour les clubs, donc il ne faut pas les négliger. Pourtant à l’ASSE, le fonctionnement est tout autre, et ce pour deux raisons. La première raison, c’est le choix des entraîneurs. Christophe Galtier, Jean-Louis Gasset, Oscar Garcia, Laurent Batlles, sont autant d’entraîneurs qui n’ont pas une âme de post-formateurs. Ils ont besoin de joueurs capables d’être au niveau dès maintenant pour les faire jouer et les faire progresser. Ils ont du mal à aider les joueurs à faire cette transition entre le football de jeunes et le football d’adultes.

La deuxième raison, c’est la structure du club. En effet depuis toujours le club a laissé un écart entre le centre de formation et le groupe professionnel. Un écart qui n’a visiblement pas été travaillé par la nouvelle cellule d’aide à la performance, dirigée par Thierry Cotte. Il faut aussi noter l’absence de responsable des prêts, ou d’analystes dans la cellule de recrutement. Résultat : le club se penche maladroitement sur les pistes de clubs où envoyer les jeunes en prêt. Le dernier échec : les prêts de Mathys Saban et Yanis Lhery qui virent à la catastrophe au Luxembourg.

Il ne faut pas croire qu’un bon agent suffit pour lancer une carrière. Le club, qui a des relations, a une responsabilité dans la façon dont les prêts sont gérés. Si le club ne fait pas l’effort d’accompagner les joueurs dans leurs prêts, comme ça peut être fait dans beaucoup de clubs, il court à l’échec.

Des pépins physiques qui gâchent leur progression

C’est devenu une norme depuis bien des saisons, dans le groupe professionnel comme au centre de formation. Les joueurs qui accumulent les blessures, souvent au pire moment, sont devenus monnaie courante. Malheureusement, cela empêche souvent les joueurs sur le long terme d’atteindre leur plein potentiel. Ces dernières saisons, beaucoup de joueurs proches d’intégrer définitivement le groupe professionnel ont vu leur statut s’effondrer à cause des blessures.

Baptiste Gabard, Lamine Ghezali, Samy Baghdadi pour ne citer qu’eux, ont vu leur carrière stéphanoise s’arrêter malgré de belles promesses suite à des cascades de blessures. Et ce n’est pas fini puisqu’actuellement au club, deux autres joueurs sont concernés. Jibril Othman, blessé une bonne partie de la saison alors qu’il aurait pu accéder au groupe professionnel. Cheikh Fall, également blessé pour une très longue durée après dix-huit mois de très haut niveau au sein de la réserve stéphanoise.

Les blessures ont beaucoup de raisons différentes. Il est difficile de blâmer uniquement le club ou les joueurs pour ce genre de paramètre. Cependant, les blessures au sein du centre de formation de l’ASSE arrivent bien trop souvent, et au pire moment. Il serait raisonnable de savoir pourquoi la situation ne s’est pas améliorée au fil des saisons ? Pourquoi autant de joueurs se blessent-ils au moment fatidique de franchir le cap ?

Il ne manque pas grand chose ?

En définitive, il semble ne pas manquer grand chose à l’ASSE pour apprendre à tirer le maximum de ses jeunes. Ces petits détails additionnés sont frustrants car le potentiel du centre de formation stéphanois est reconnu. Peut-être que si le club est repris la formation sera-t-elle enfin une vraie priorité, et les moyens y seront mis de manière adéquate.