Depuis l’arrivée de Laurent Batlles à la tête de l’équipe première, énormément de changements ont été actés au sein de l’équipe première. Globalement, l’entraîneur stéphanois a pu amener quelques uns de ses lieutenants, et la cellule de recrutement a complété l’effectif avec des profils s’approchant des souhaits du tacticien. Parmi ces souhaits, la volonté d’apporter le plus d’expérience possible au sein de l’effectif.

Saidou Sow (21 ans) remplacé par Dylan Batubinsika (27 ans), Louis Mouton (21 ans) remplacé par Florian Tardieu (31 ans) ou encore Abdoulaye Bakayoko (20 ans) remplacé par Denis Appiah (31 ans), la volonté de n’amener quasiment que de l’expérience est assumée. Cela amène forcément un déséquilibre et cela aura forcément de grosses conséquences sur plusieurs aspects à court, moyen et long terme. Nous avons étudié ça pour vous.

Côté sportif, une rotation inexistante pour les jeunes ?

Côté recrutement, les vingt-trois joueurs recrutés sous Batlles ont une moyenne d’âge de 26,8 ans. En comptant les cinq départs parmi les recrues depuis l’été 2022 (Giraudon, Pintor, Nkounkou, Pavlovic et Kader Bamba), la moyenne reste sensiblement la même. 27 ans, c’est l’âge d’or en théorie dans le football. Seulement ça reste une moyenne. Celle-ci ne donne qu’une partie infime de la vérité.

Et parmi tous ces joueurs dans la force de l’âge, il y a aussi des joueurs trop neutres, tout juste moyens et satisfaisants par intermittence qui ne montrent pas le niveau suffisant pour une équipe visant la montée. Victor Lobry, Anthony Briançon, Mathieu Cafaro, Lamine Fomba, Dylan Chambost, Ibrahim Sissoko et Dylan Batubinsika pour le moment, Ibrahima Wadji à une moindre échelle. Tous sont des joueurs entre 25 et 28 ans dans la force de l’âge qui devraient être des moteurs pour l’équipe. Pourtant ces derniers n’apportent que trop peu de garanties, de régularité, d’envie.

Ajouté à cela il y a tous les trentenaires en perte de vitesse qui sont amenés dans les mois à venir, à moins d’un miracle, à devenir des poids en équipe première. Jimmy Giraudon a quitté le navire mais il est LE grand échec du projet Batlles et le meilleur argument pour mettre en doute ce même projet. Mathieu Dreyer, Denis Appiah, Thomas Monconduit. Ce ne sont que des joueurs qui donnent presque l’impression de faire du tourisme doré dans la Loire. Gaëtan Charbonnier a le bénéfice du doute, il faudra observer de près son retour de blessure dans les semaines à venir. Espérons que Florian Tardieu ne suive pas le parcours de ses collègues trentenaires.

Des jeunes barrés d’avance ?

Laurent Batlles avait assumé l’été dernier vouloir un groupe restreint complété par des jeunes. Un discours prometteur qui nous laissait penser (moi le premier) que sous son commandement, une République du mérite serait mise en place. Seulement voilà, une fois que les choses se sont gâtées, tous les jeunes du centre, non recrutés par Batlles, ont été écartés. Abdoulaye Bakayoko a été écarté alors que Jimmy Giraudon est resté en place jusqu’en janvier. Louis Mouton a été écarté malgré des prestations prometteuses pour laisser la place à un Monconduit plutôt fade. Ayman Aiki n’aura jamais eu le temps de s’acclimater au monde professionnel. Mathys Saban et Yanis Lhery n’ont pas eu la moindre chance de prouver quoi que ce soit alors que Lenny Pintor qui n’était pas meilleur a eu, toutes compétitions confondues, plus de 700 minutes de jeu.

Les jeunes sont vus par Laurent Batlles, et par une partie de la communauté, comme peu fiables voire inutiles. Dans ce contexte il paraît évident qu’ils ne peuvent évoluer dans un contexte sain. Nous pouvons nous interroger sur la volonté de Batlles d’intégrer des jeunes dans la rotation mais sans leur donner les moyens, le temps, ni la confiance pour le faire. C’est un mauvais calcul supplémentaire, et tout un club qui en pâtit. Pour aller en profondeur, Batlles avait-il vraiment l’envie d’intégrer les jeunes ? N’est-ce pas plutôt une volonté de Perrin soufflée au coach (comme ça avait pu être le cas avec la hiérarchie des gardiens), qui n’en avait aucune envie, qui a engendré une catastrophe industrielle ?

Pour l’aspect financier, catastrophe en approche ?

Sur le financier pur, depuis la saison 13/14 (soit depuis 10 ans), l’ASSE a vendu pour 224,2M d’euros de joueurs. Parmi ces ventes, 63,7% (142,9M) sont des ventes de joueurs de 23 ans ou moins. En effet 18 joueurs u23 ont été vendus depuis 10 ans, une moyenne de 7,94M par joueur. Dans le même temps, 19 joueurs de plus de 23 ans ont été vendus pour une somme totale de 81,3M. Les joueurs libérés ou en fin de contrat ne sont bien évidemment pas comptés. La vente moyenne d’un joueur de plus de 23 ans a rapporté en moyenne 4,28M d’euros.
PS : Ne pas oublier le micmac du départ d’Ole Selnaes, son transfert étant valorisé à 5M, celui de Cheick M’Bengue également. Cela fausse une partie de la statistique.

Ce qu’il faut ajouter à ces données, c’est le paramètre de la division. En effet la ligue 1 permet de valoriser un joueur selon son potentiel évidemment, cela vaut dans toutes les divisions. Mais la ligue 1 qui est considérée comme un grand championnat, permet aussi de valoriser un joueur selon son niveau, peu importe son âge. En ligue 2, même si un joueur fait une excellente saison, il sera difficile de le valoriser s’il a plus de 23 ans. En témoigne cet été le transfert de Kevin Van der Kerkhof qui est parti pour « seulement 2,5M » lui qui était valorisé à 5M. A l’inverse un Niels Nkounkou valorisé à 6M environ part pour 11M bonus inclus à 22 ans.

Un mauvais calcul qui pourrait amener à la banqueroute ?

Ajouté à cela, il faut prendre en compte que les émoluments d’un jeune ne sont pas du tout les mêmes que ceux d’un joueur expérimenté de 25 ans ou plus. C’est un secret de polichinelle que l’ASSE offre des salaires deux fois supérieurs à la moyenne de L2. Nous nous retrouvons actuellement dans une situation qui n’est pas sans rappeler la panique en janvier 2018 avec l’arrivée de très gros salaires et la mise à l’écart des jeunes joueurs, la réussite sportive en moins. Les enjeux financiers sont les mêmes.

Actuellement le club s’est séparé de tous les jeunes joueurs de son effectif. Il n’y a plus que deux joueurs de moins de 23 ans qui jouent régulièrement : Aïmen Moueffek et Benjamin Bouchouari. Les seules potentielles valeurs marchandes du club sont Gautier Larsonneur, Lamine Fomba ainsi que les deux jeunes précédemment cités. A côté de ça, Maxence Rivera et Karim Cissé commencent à grapiller du temps de jeu. A côté de ça, des joueurs approchant la trentaine sur le déclin qui sont payés grassement.

Ainsi l’été prochain, lorsque le club ne sera pas monté en ligue 1, qu’il ne sera pas vendu par les actionnaires et qu’Aïmen Moueffek sera parti libre du club, le club sera obligé de vendre ses meilleurs joueurs, ses cadres, pour alléger sa masse salariale et apporter un peu de liquidités. L’ASSE se retrouvera avec une majorité de joueurs âgés qui coûtent cher sportivement et financièrement. Difficile de ne pas faire une nouvelle fois le comparatif avec l’après-Gasset. Qu’on se le dise, si le club ne monte pas l’été prochain, il ne survivra pas à la saison 2024/2025.

Et l’identité dans tout ça ?

L’ASSE passe désormais pour un club sans exigence, qui travaille mal. Le club s’est taillé une réputation de pré-retraite dorée pour les trentenaires, et de club de vacances pour les autres. Les joueurs en place ne sont pas mis en danger sportivement et sont confortables financièrement. Le staff et la direction n’ont donc aucun argument pour tirer le meilleur d’eux. De plus les absences des présidents, le manque de sérieux dans l’organisation sportive déteignent sur l’équipe première. Comment espérer des joueurs d’être exemplaires quand les instances sont loin de l’être.

L’aspect centre de formation est totalement négligé. L’équipe première d’un club est sa vitrine et le message passé pour les potentiels ANS (Accord de non-sollicitation signé avec les joueurs de 13 ans ou plus pour qu’ils ne négocient pas avec d’autres clubs avant leur intégration au centre de formation) est catastrophique. Les jeunes signent à l’ASSE parce qu’ils savent qu’on leur fait confiance et connaissent la réputation du centre de formation. L’ensemble du centre travaille bien et est performant, mais si l’étage supérieur ne joue pas le jeu et ne fait pas jouer ceux qui le méritent, cela risque de compliquer grandement les projets à long-terme du centre de formation.