Nous en avons déjà parlé dans une précédente chronique, le football aujourd’hui se fait surtout en transition. La dimension physique et technique tire vers le haut, tandis que la polyvalence des joueurs devient de plus en plus évidente. Le milieu de terrain peut jouer latéral, le relayeur peut jouer ailier et le gardien fait partie intégrante du jeu. Tout le monde attaque, tout le monde défend, tout le monde compense et dépasse sa fonction, c’est le football total. 

Manuel Akanji est un très bon footballeur, la question n’est pas là. Mais quand je le vois jouer sous Pep Guardiola, avec une telle aisance qu’il peut le faire jouer milieu de terrain sans que ça ne pose le moindre problème, je frissonne. Évidemment que l’intelligence de jeu et la qualité technique du joueur sont des facteurs qui font que le joueur peut s’adapter ou non. Mais je ne peux que louer ces entraîneurs qui réinventent des postes, des rôles. Ancelotti et Pirlo qui s’accordent sur le fait qu’il peut jouer en 6, c’est un coup de génie de l’un comme de l’autre. Des joueurs qui ont envie de jouer au football peu importe le poste, du culot de la part d’un entraîneur, et du football total. 

Depuis un bon moment, la norme, peu importe le poste, est de prendre l’espace qui est devant soi. Le football total c’est aussi et surtout onze joueurs qui sentent le jeu et qui y participent de la manière la plus adaptée pour aller marquer un but. Un défenseur central qui perce plusieurs lignes adverses balle au pied, par exemple. Mais c’est aussi une attitude collective. C’est-à-dire que le joueur qui prend de nouvelles responsabilités demande par la même à ses coéquipiers de faire de même. Un joueur devra compenser en défense centrale l’absence de ce joueur, et d’autres devront également dépasser leurs fonctions habituelles. Si le jeu demande à son coéquipier de la défense centrale de l’accompagner alors il le faut. Mais cela demande surtout une observation sincère du jeu en l’état, du positionnement des autres et une anticipation de l’évolution de tous ces paramètres. 

La mise en condition du staff technique

Cependant, cela demande aussi et surtout une organisation de la part du staff technique en place. Il faut une préparation très stricte sur un jeu en désorganisation, contrairement à ce que l’on pourrait penser. Des séquences de jeu connues par cœur ; quand tel joueur fait tel déplacement, je sais que ça enclenche telle séquence de jeu, donc je me comporte en conséquence. Il faut ainsi que les joueurs aient aussi envie de mettre de l’intensité dans la réflexion de leur football. 

Cela pose ainsi une autre question : le football total est-il plus réfléchi qu’instinctif ? Je pense que très largement, oui. Quand on veut gérer totalement quelque chose, on ne laisse aucune place au hasard. Ainsi, même l’exploit individuel doit être amené et réfléchi pour qu’il arrive dans les meilleures conditions. Je reste persuadé qu’un coach ne peut laisser les joueurs en auto-gestion, en se disant qu’ils feront la différence par leurs qualités individuelles (coucou Laurent batlles). Cela n’a aucune chance de fonctionner. Il faut mettre les joueurs dans des conditions idéales : leur créer de l’espace sur l’aile s’ils en ont besoin, leur permettre de combiner avec d’autres joueurs, etc.. 

Le football total est une mentalité, un état d’esprit mais aussi et surtout un travail de longue haleine et difficile. Il faut un projet de jeu bien léché où chaque petit détail est travaillé.