Adjoint de Claude Puel à Leicester puis chez les Verts, Jacky Bonnevay connaît assez bien l’homme et l’entraîneur qu’est le Castrais de 60 ans et s’est donc confié à son sujet dans le magazine Vestiaires. Le natif du Coteau évoque sa personnalité souvent décrite comme froide et rigide, n’hésite pas à souligner son côté formateur et explique également qu’il n’est pas du tout un coach défensif. Extraits.

Un temps d’avance sur les autres

« Claude puise une énergie folle dans la difficulté. Rien ne lui échappe, c’est assez bluffant. Nous, on a besoin parfois de revoir les images sur la tablette, alors que lui sait déjà. Et le ralenti lui donne raison. En revanche, il ne s’occupe que de ses joueurs. À Vahid Halilhodzic, au bout de 5 minutes, je devais lui donner l’organisation adverse. La première fois que j’ai tendu la feuille à Claude, il m’a regardé et m’a dit “qu’est-ce que tu fais ? Ça m’intéresse pas !

Un grand chambreur

« À chaque entraînement, il donne la direction, puis anime les parties plus tactiques tandis qu’il délègue les échauffements et autres exercices techniques, mais toujours avec un œil acéré sur ce qui est fait. Tout doit être millimétré, rien ne lui échappe. Quand on bosse, on bosse. Mais Claude, c’est le plus gros chambreur, et de loin. Il est l’animateur du staff, celui qui fait en sorte de partager beaucoup de moments, de fédérer. Il veille sincèrement au bien-être et à l’épanouissement de chacun, est très observateur et a une excellente connaissance des hommes. Autant de qualités qui ne se voient peut-être pas de l’extérieur. »

Puel sait ce qu’il veut

« Ce qui m’a d’abord frappé chez Claude, c’est sa vision ultra précise de ce qu’il recherche dans le foot et chez un joueur. Il sait exactement ce qu’il veut. Et moi je sais d’avance aujourd’hui lorsqu’un footballeur va lui plaire ou pas. Des joueurs de ballon, intelligents, mobiles, pétillants et à l’écoute. Il aime le jeu combiné, repartir de derrière, la prise de risque… À Leicester, je peux vous dire qu’il a métamorphosé le style de l’équipe. Les observateurs l’ont reconnu un peu tard. Pour moi, il est tout sauf défensif ! Je ne sais pas d’où vient cette image que certains ont voulu lui coller… Claude a été certes un joueur défensif, mais qui adore aujourd’hui faire travailler ses joueurs offensivement. Qu’on soit à la maison, au Vélodrome ou au Parc, c’est pour gagner. Paris ? On les presse chez eux, même avec une équipe de gosses ! »

Un entraîneur qui n’hésite pas à faire confiance aux jeunes

« C’est un formateur hors pair… Lorsqu’il voit un jeune, il a cette faculté à imaginer ce qu’il peut en faire dans 2 ou 3 ans. Et à le mettre en pro avec une facilité déconcertante ! Je me souviens encore du jour où l’on regardait tranquillement une opposition, en U19, la saison dernière. Au bout d’un moment il me dit en parlant de Saidou Sow: “Pas mal ce gamin. Dis-lui de venir avec nous demain ! » Claude sait vraiment faire preuve de détachement dans ces moment-là. Et puis d’une manière générale, il n’hésite pas à faire confiance à des jeunes auxquels il croit, quitte à ce que cela coûte des points au départ. Il insiste tandis que d’autres les auraient certainement mis de côté, leur préférant des éléments plus expérimentés, pour gagner plus vite. Lui prend le temps de faire progresser le garçon, sereinement. Je dois dire que c’est assez déroutant de la part d’un coach qui a eu autant de grands joueurs dans sa carrière. »