Entretien LTSS avec Fabien Lemoine : « C’est un club de fou, c’est un truc de malade »

Julien
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credit photo : asse.fr

Il a pris sa retraite depuis quelques semaines mais restera à tout jamais dans le cœur des stéphanois. « Papy » Lemoine était l’un de ces joueurs de l’ombre, un milieu travailleur aux trois poumons. Véritable pièce maîtresse du milieu stéphanois de l’ère Christophe Galtier, Fabien a su s’attirer les faveurs de Geoffroy-Guichard par son humilité et son sens du sacrifice sur le terrain, des valeurs qui sont chères au public stéphanois. L’ancien numéro 18 a accepté de répondre à nos questions et de revenir sur son époque stéphanoise, avec toute la sympathie qu’on lui connaît.

LTSS : Comment ça va depuis que tu as pris ta retraite ?

F.L : Ça va plutôt bien. J’ai bien fini la saison dernière avec Versailles avec un but pour mon dernier match. Même si malheureusement on perd ce dernier match, je suis content d’avoir fini en rendant une bonne prestation. Je voulais pas faire la saison de trop, en me disant « je vais aller au bout du bout » et au final ne pas prendre de plaisir, être dans un groupe où je n’aurai pas trop d’affinités avec les joueurs… L’année dernière je suis vraiment arrivé dans un super groupe où j’ai pris beaucoup de plaisir, individuellement, collectivement… Même dans l’ambiance, je me suis éclaté et j’ai vraiment pris beaucoup de plaisir ! Puis vous me connaissez à Sainté, je suis plutôt un gars simple.

Concernant l’ASSE, tu t’en doutes, aujourd’hui n’est pas la période la plus simple depuis la descente en ligue 2…

Ouais, ouais… Je sais pas… Mais j’ai bon espoir. Déjà, avant d’être joueur stéphanois, j’étais un petit peu un acharné de l’ASSE. Pas forcément des joueurs stéphanois (passés par le club), mais plus, on va dire, du club, de l’ambiance, de tout ce que cela compose. L’institution liée à cette couleur, au chaudron, à ces groupes de supporters un peu parfois à la limite du fanatisme, moi j’adorais ça ! Forcément, quand je suis arrivé là-bas, j’ai dit à tous les gens qui me connaissaient depuis longtemps : « c’est un club de fou, c’est un truc de malade ! ». Au début, je regardais ça et je me disais « Wahou, j’ai une chance énorme de pouvoir jouer ici ! »

Ça doit être quelque chose de spécial d’entrer sur la pelouse de Geoffroy-Guichard et d’entendre son nom repris par tous ces supporters non ?

En fait, il y en a plusieurs… (Il coupe) Enfin si, quand t’es dans le tunnel et qu’il y a l’annonce des joueurs, tu y prêtes forcément un peu attention en te disant « on va voir le curseur de popularité, le volume du stade par rapport à l’annonce de certains joueurs ». Après voilà, plus t’es dans les offensifs, plus ça augmente un peu, ou alors des mecs comme Loïc (Perrin) ou comme Steph’ (Ruffier) qui avait aussi sa côte par rapport à son niveau. Puis tu te dis  »Bon ba ça va, je me situe dans le premier tiers des joueurs appréciés du moment » (rires). Mais après quand t’es sur le terrain, même quand j’ai pu marquer contre Monaco ou contre Guingamp, t’es tellement dans une bulle que t’as l’impression que t’entends rien. T’es tellement habité par une sensation d’excitation que c’est qu’au bout de la troisième ou quatrième annonce du speaker que tu te dis « oh punaise… c’est trop bon ! ». Mais c’est pas ça qui m’a le plus marqué.

C’est plus des ambiances, des entrées avant le coup d’envoi, où là, vraiment, j’avais vraiment des frissons. Les derbys, les soirs d’Europe notamment les premières années où ça faisait longtemps que Sainté n’avait pas été en coupe d’Europe. Les premiers matchs comme Karabükspor, c’était vraiment spécial parce que y’avait une adrénaline… Puis on sentait dès l’échauffement si c’était un match « plutôt classique » ou un match spécial… Par exemple, contre Lyon, on sortait à l’échauffement et… Boum, le stade était quasiment plein, les supporters étaient chauds, les soirs d’Europe pareil… Et là tu savais que c’était vraiment que c’était un soir spécial et que tu devais pas te rater parce que y’avait une énorme attente. Et puis vous donnez tellement… Que nous aussi on avait trouvé cette flamme-là, individuelle et collective, à travers les gens, pour se mettre chiffon, peu importe le résultat. On sait qu’on aurait été pardonné si on s’était donné à 100% et c’est pour ça qu’on avait un groupe à part.

Et puis vous aviez un coach un peu à votre image, Christophe Galtier, qui voulait avant tout des mecs qui mouillent le maillot… C’est pour cela que la sauce a bien pris ?

Bien sûr, on était un groupe tourné vers le même objectif. Il y avait une cohésion… Que ce soit avant, pendant, après… Il y avait des semaines de travail… On prenait vraiment beaucoup de plaisir à vivre ensemble, que ce soit en dehors ou pendant la saison. On se voyait quasiment tous les jours avec la coupe d’Europe… On se voyait tout le temps donc au final on passait plus de temps au club que chez nous et c’est donc important que cela se passe bien. Le coach et les dirigeants avaient réussi à créer ce truc-là.

Quel est ton meilleur souvenir au club hormis la coupe de la ligue ?

Je pense que quelque chose qui était très attendu, par nous (les joueurs) comme par les gens, c’était la victoire en derby à domicile. C’était vraiment très important. En 2014, on fait un gros match, y’a le côté assez spectaculaire où on gagne 3-0. Celui-là fait partie de mes meilleurs souvenirs comme celui qu’on va gagner à Gerland même si on était malmené. On en a gagné pas mal, sur cette période-là, on a un peu remis l’église au milieu du village. Puis les soirs d’Europe aussi… L’Inter, c’était un moment à part, que cela soit là-bas ou chez nous. C’était un truc de dingue, tu vas là-bas, dans un stade mythique, avec 10000 stéphanois qui faisaient tellement de bruit. C’est un truc qui te marque dans une carrière de joueur, quand on rentrait chez nous, on en parlait tout le temps. Il y avait une alchimie entre nous et les gens et sur cette période-là, on a réussi à faire quelque chose à l’image du Forez.

Cela se ressentait sur la dynamique à ce moment-là non, notamment à domicile ?

Quand on jouait à domicile, on le sentait et on avait peur de personne. Sur 15 équipes sur 20, on était pas sûr de tout gagner, mais on savait qu’on allait faire le boulot parce qu’on était des morts de faim… Et puis avec le stade, le public… Les adversaires étaient parfois tétanisés et au bout de 5, 10 minutes, on se regardait et on savait qu’on allait gagner le match. On se disait “C’est pas possible, ils peuvent pas venir nous mettre un but” (rires).

Tu sens dès le départ, dans ce genre de match, que rien ne peut vous arriver ?

Ouais tu sens que ça va le faire. Après, une erreur de concentration, une erreur technique, ça peut aussi te plomber. Je me rappelle du match contre Sochaux (15/09/2012, défaite 0-1) où c’est l’inauguration du Kop. On est réduits à 10, on fait un match de dingue, ils nous mettent un but qui vient de nulle part sur un retourné acrobatique. Ce match, tu le rejoues 10 fois, on le gagne 9 fois sur 10. Mais après, en général, au bout de 10-15 minutes de jeu, au niveau de l’énergie et de l’intensité qu’on met, des attentions dans le jeu, tu savais très bien que ça allait marcher et que tu allais gagner le match.

Et à ce moment-là, tu sentais que tous tes collègues partageaient cet état d’esprit ?

Exactement, dans le regard, tu sentais ce côté animal où tout le monde avait envie de sauter à la gorge des adversaires. Et là, tu sais que tu vas passer une bonne soirée.

Le stade le devinait aussi, non ?

Bah oui, forcément. Surtout qu’à Geoffroy, dès que tu commences à te tourner vers l’avant, tu sens que tout le monde s’emballe. Des fois, tu fais une passe vers l’arrière et tu entends “Roh” (rires). Le coach avait l’expérience de cela et nous disait “attention les gars, on se précipite” parce qu’on voulait aller vers l’avant et qu’on sentait que le public voulait aller vers l’avant. Tu sens que le mouvement de l’équipe est insufflé par le stade. Quand par exemple, tu as une grève ou une tribune vide pour un huis-clos partiel, tu le sens, parce que c’est une force en moins. Tu perds de l’énergie positive, c’est une évidence. Nous on sait que cette énergie a fait partie de notre dynamique. C’est avec ça que t’arrives à faire des exploits.

Sur la saison 2013-2014, l’ASSE échoue aux portes d’une place pour la Champion’s League, qu’est-ce qu’il vous manquait, d’après toi, pour franchir ce cap ?

Il y avait des équipes plus armées que nous, individuellement, collectivement… Après t’as pas à rougir à ce moment-là… Je ne pense pas que c’était qu’il nous manquait quelque chose, c’est tout simplement que ceux de devant étaient meilleurs que nous.

Avec quel milieu de terrain te sentais-tu le plus complémentaire ?

Il n’y avait pas qu’un joueur, mais c’était le milieu de terrain avec Jé (Jérémy Clément), Coco (Renaud Cohade) et Joshua (Guilavogui). Même si on était 4 mecs pour 3 places, c’était parfois dur à vivre, parce qu’on était 4 mecs qui ne lâchaient pas le steak (rires). C’était une concurrence où chacun se respectait. Avec ces 4 mecs là, j’ai beaucoup progressé.

Parmi tous les joueurs que t’as cotoyé à Sainté, pour toi, qui était le plus talentueux ?

Pour moi, Aubame est celui qui a fait la plus grosse carrière, mais aussi parce qu’il a énormément bossé pour en arriver là. Mais pour moi, celui qui avait un énorme talent, c’était Allan Saint-Maximin. Il avait vraiment des qualités de fou furieux. Mais après il y avait des joueurs aussi comme Steph’ (Ruffier) et Loïc (Perrin) par sa régularité. Quand il est devenu défenseur central, c’est devenu un monstre. En défense, c’était vraiment une garantie dingue. Celui qui avait aussi un talent monstre, qui malheureusement a eu des blessures, il y a aussi Rom’ (Hamouma). Techniquement parlant, c’était incroyable quoi.

Il y avait un joueur avec qui t’avais plus d’affinités ? Une petite anecdote à nous raconter ?

Des anecdotes on en a des tonnes. À cette époque-là, vous savez très bien qu’on était des grands joueurs de cartes. On avait fait un système de divisions. Le jour où on a fait descendre Jéjé (Clément) en Ligue 2, on était comme des dingues, on s’est mis à crier, à chambrer. Après, celui avec qui je suis toujours en contact, mon grand ami, c’est Rom’ (Hamouma).

De ton côté, t’envisages comment ton avenir ? Tu te verrais revenir à Sainté ?

On ne va jamais dire jamais. Dans un truc à court terme, j’ai décidé de me poser en Bretagne. J’ai gardé plein de supers rapports avec les gens de Sainté et quand on revient, on a pas mal de monde à revoir. Déjà, s’il y a une opportunité de retourner au stade, je ne vais pas m’en priver (rires).

Comment vois-tu la saison qui se profile ?

Je ne suis pas joueur mais si je l’étais, j’aurais mis une petite pièce sur Sainté. Je les vois bien faire quelque chose cette saison. L’effectif n’a pas trop bougé, le club a pris Sissoko, avec qui j’ai un peu joué à Lorient, c’est un bon profil.

Justement, tu penses que Sissoko est une bonne pioche pour Sainté ?

Il n’a pas beaucoup joué à Lorient, mais il a toujours eu un bon comportement. Il est arrivé chez nous avec le but de se faire une place dans l’effectif. De ce que j’ai pu voir avec lui, c’est un profil très intéressant, très athlétique et qui est plutôt à l’aise balle au pied, avec une grosse frappe de balle. On verra, mais avec l’atmosphère stéphanoise, ça peut faire un joli mariage.

On a pu voir de nombreux Stéphanois te rendre hommage lors de ta fin de carrière…

C’est vrai. Vous ne vous rendez pas compte, vous, en tant que supporters, en tant qu’ultras, de tout ce que vous nous apportez. Vous avez une mentalité qui correspond à ma vision de la vie et cela a grandement joué à mon adaptation au club. En sportif, c’était fabuleux et en extra-sportif aussi.

Justement, en extra-sportif, il y avait des endroits à Sainté qui t’ont marqué et dans lesquels tu retournerais ?

Je suis un bon vivant mais je suis assez famille et je n’étais pas forcément du genre à aller en boîte de nuit. Si j’y retourne, je vais montrer notre ancienne maison. J’aimais bien aller dans la plaine, notamment vers Saint-Just-Saint-Rambert, en bord de Loire. J’adorais également aller faire de l’accrobranche en famille du côté du Col de la République. Je suis très nature et j’aimais bien aller du côté Saint-Victor-sur-Loire.

Tu as connu Laurent Batlles pendant une saison en tant que joueur, pour toi, était-il destiné à être coach ? Que penses-tu de son travail avec l’ASSE ?

Je ne savais pas forcément qu’il allait finir coach, après c’est quelqu’un qui était très proche du coach Galtier, qui est rapidement devenu adjoint. Après, tu sentais qu’il avait la fibre pour devenir entraîneur. Il avait fait du bon travail à Troyes et pour moi, c’est une bonne chose qu’il entraîne Sainté, parce qu’il connaît les attentes, la mentalité, la ferveur… C’est jamais évident de rebâtir quelque chose et je trouve que c’est intelligent de la part du club d’être allé chercher Lolo (Batlles) qui a un regard moderne sur le football.

Si on t’avais dit, au moment de signer à Sainté, que t’allais jouer plus de 200 matchs sous le maillot vert, t’aurais dit quoi ?

J’aurais signé avec tout ce que j’aurais pu signer (rires). J’étais pas forcément dans un moment facile après mon accident, donc il y avait forcément une incertitude à mon sujet. Je devais signer à Evian, mais quand Sainté est arrivé, mais ça s’est fait rapidement. J’étais super content de retrouver un projet comme ça et puis, Sainté, ça me parlait… Donc j’aurais signé les yeux fermés !

Un dernier mot pour les supporters stéphanois ?

Tout simplement merci. Merci à vous supporters, fans, peuple stéphanois. Que cela soit au stade ou en dehors, vous êtes des gens formidables. Vous faites vivre ce chaudron magnifiquement bien. Si j’ai l’occasion, c’est avec grand plaisir que je reviendrais à Geoffroy !

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