À l’approche du derby, la pression et le stress montent pour tous les Stéphanois et leurs voisins lyonnais. Mais ce n’est pas tout : les souvenirs ressurgissent aussi. Pour nous, Stéphanois nés dans les années 90, ce match est synonyme de profondes douleurs footballistiques pendant notre enfance, jusqu’à ce que les rayons de soleil de l’ère Galtier nous redonnent un peu d’espoir, avant que la brume de la Ligue 2 ne retombe sur nous.
Un bon début de match
Des souvenirs amers, donc, mais aussi de beaux moments. Aujourd’hui, je vais vous raconter mon pire souvenir de derby, et non, ce n’est pas l’un des deux 5-0 ni un but de Briand à la 93e minute. Non, il s’agit du match qui a définitivement marqué la fin de mon enfance, celui où le bonheur nous tendait les bras… jusqu’aux dernières secondes. Un match en plein cœur de l’hiver stéphanois : le 27 janvier 2008.
L’ASSE vit alors une saison compliquée qui se terminera pourtant par un retour en Europe, tandis que l’OL s’apprête à gagner son dernier titre de champion de France. Sur le terrain, les Viviani, Dernis, Landrin, Matuidi, Perrin et Gomis affrontent les Coupet, Clerc, Ben Arfa, Govou et Benzema. Le début de match se passe bien pour les Verts, qui semblent bien entrer dans leur match. Nous prenons même l’avantage grâce à un but gag qui restera dans les annales. Le traître ponot Coupet manque son dégagement, et Gomis (alors pas encore traître) le contre de la tête : BUT ! L’attaquant stéphanois fait rugir le Chaudron et mime la panthère dans les filets du gardien lyonnais.
S’ensuit alors un match défensif dans lequel les Stéphanois, vaillants et pleins de valeurs typiquement foréziennes, résistent face à un OL à son apogée, en pleine période OLFP. Je pense alors que le match ne peut plus nous échapper, que nous allons enfin gagner un derby, 14 ans après. Que je vais enfin voir une victoire de mon équipe dans cette guerre face aux « bourgeois lyonnais, » face à ceux que je hais le plus au monde pendant deux semaines par an et que je déteste tendrement le reste de l’année. Mais, parce que oui, il y a toujours un « mais » face aux banlieusards…
La fin de l’enfance
91e minute, sur une faute de Varrault, l’arbitre, sûrement corrompu, siffle un coup franc à 25 m des cages de Viviani. Juninho n’est pas là ! Nous sommes sauvés, le match est gagné, c’est certain. C’est sans compter sur le jeune Karim Benzema qui fera ensuite une carrière couronnée de succès dans le club préféré des Madrilènes de Châteauroux. Le pur lyonnais se présente droit devant le mur vert, sa sueur formant une brume autour de son visage : il tire. But. Fin de l’enfance.
Je cours dans ma chambre, les larmes aux yeux, en retirant ce maillot vert floqué Alex. Je pense que je ne m’en remettrai jamais. Les insultes fusent dans ma tête. Comment a-t-on pu perdre ce match ? Pourquoi les méchants gagnent-ils toujours à la fin ? Quand est-ce que nous, les gentils Stéphanois qui bossons à l’usine toute la semaine, gagnerons enfin face à Aulas et ses millions ? Ce n’est que bien plus tard que je comprendrai que les victoires sont encore plus belles après des défaites. Mais ce 27 janvier 2008, j’ai 13 ans et Benzema a mis fin à mon enfance.










