Un début de saison inquiétant

Ce samedi, l’ASSE affronte le Stade Malherbe de Caen pour le compte de la 6e journée du championnat de Ligue 1. Cette rencontre, assez banale en somme, porte toutefois un enjeu majeur : rassurer les supporters stéphanois sur la saison à venir. Alors que l’on annonçait une saison resplendissante dans le Forez, après un recrutement ambitieux (Khazri, Cabella, prolongations de Debuchy et M’Vila), les résultats ne sont pas en accord avec le parcours rêvé en début de saison. Autopsie de ce qui s’avère être, pour l’instant, un échec.

Des cadres pas au niveau

Si tous les supporters se sont réjouis du fait de revoir Debuchy et M’Vila dans le Chaudron, leurs performances estivales sont plutôt en contradiction avec cet engouement. Malheureusement, ils ne sont pas les seuls joueurs considérés comme des cadres de l’équipe à être décevants dans ce début de saison. Neven Subotic est clairement à la peine, en témoigne son expulsion rapide face à Strasbourg. De plus, son manque de vitesse devient de plus en plus criant, ce qui réduit considérablement l’assurance que dégage la défense stéphanoise, qui s’entend toujours à être prise de vitesse sur une anodine balle en profondeur. Loic Perrin n’est pas non plus à épargner : souvent brouillon, voire dangereux (il provoque un pénalty face au PSG et ses relances sont parfois suicidaires), le capitaine stéphanois n’a pas encore retrouvé les performances qui faisaient de lui un défenseur respecté de la Ligue 1.

Subotic prend un carton rouge contre Strasbourg.

Neven Subotic est expulsé par l’arbitre pour avoir annihilé une action de but en retenant Nuno da Costa qui filait au but (RCSA-ASSE, 2018/2019).

Sur le côté droit, Mathieu Debuchy, dont la préparation a été tronquée par une blessure, n’arrive pour l’instant pas à réitérer ses sublimes performances qui l’avaient conduit aux portes de l’Equipe de France avant la Coupe du Monde. Beaucoup moins présent offensivement, parfois débordé défensivement (notamment à Montpellier), le latéral est moins fringuant depuis la reprise du championnat.

Enfin, Yann M’Vila ne règne plus en maître sur l’entre-jeu stéphanois. Véritable métronome et élément fondamental du renouveau de l’ASSE en deuxième partie de saison dernière, celui-ci a désormais du mal à organiser le jeu. L’ancien Rennais s’est illustré en ratant des passes faciles dans la plupart des matchs, un fait inhabituel pour un joueur de sa qualité technique.

Et, pour finir, Rémy Cabella. Son retour avait été le parachèvement d’un mercato ambitieux pour le club. Toutefois, depuis son retour dans la Loire, le Corse a lui aussi beaucoup de mal. Il agace de plus en plus, portant beaucoup trop le ballon et ralentissant le jeu stéphanois, notamment face à Amiens. Jean-Louis Gasset réclame du temps afin de peaufiner la relation que l’on imaginait prometteuse entre Rémy Cabella et Wahbi Khazri : la blessure de l’ancien Marseillais et les convocations en équipe nationale du Tunisien n’aide pas à mettre en place les combinaisons attendues par tous les supporters.

Des jeunes, quels jeunes ?

Un groupe pro resserré mais de qualité et complété par des jeunes : la ligne directrice de la constitution du groupe de l’ASSE pour la saison 2018/2019 pouvait être une bonne idée. Malheureusement, les jeunes sont les grands absents de ce début de saison. Régulièrement essayés en matchs de préparation (contre l’OM, face à Bordeaux, à Andrézieux, etc), ceux-ci n’apparaissent que très peu dans le groupe et quasiment pas sur la feuille de match. William Saliba est le 4e défenseur central dans la hiérarchie de Gasset : si le prometteur défenseur central de l’ASSE s’améliore en s’entrainant quotidiennement avec le groupe pro, il passe ses week-ends sur le banc de touche et n’a pas l’occasion de mettre en pratique ses apprentissages… Une déception lorsqu’on juge le début de saison peu enthousiasmant des défenseurs centraux de Saint-Etienne. Mahdi Camara a joué 9 minutes lors du match d’ouverture face à l’EAG avant de s’asseoir sur le banc lors des rencontres face à Strasbourg et Montpellier puis de disparaitre du groupe. Panos, pour sa part, ne semble clairement pas entrer dans les plans de Gasset qui a préféré faire jouer l’arrière gauche Gabriel Silva à droite, à la place de Debuchy, lorsque celui-ci était indisponible face à Guingamp.

 

Résultat de recherche d'images pour "william saliba asse"

William Saliba, Bilal Benkhedim, Mahdi Camara et Makhtar Gueye à l’entrainement avec le groupe pro. A eux 4, ils totalisent pour l’instant 15 min de temps de jeu cette année !

Et que dire d’Arnaud Nordin ? L’ailier stéphanois est mal traité par Gasset, ne rentrant que dans le temps addition face à Guingamp et à la 86e minute face à Strasbourg. Depuis, le joueur formé au club cire le banc ou est envoyé en réserve.

Un état d’esprit qui dérange

« On ne lâche pas, c’est notre force. On n’aime pas perdre« . C’est ce que déclarait Kolo après le nul arraché à Strasbourg en ayant joué en infériorité numérique un long moment. Cependant, après la large défaite annuelle au Parc des Princes, ces déclarations sont désormais à prendre avec des pincettes. Si la première mi-temps a été satisfaisante dans l’état d’esprit, l’équipe a totalement sombré et lâché le match après le deuxième but encaissé rapidement après le retour des vestiaires. Comme les déclarations de Bernard Caiazzo se plaignant de la fiscalité française, la rouste annuelle face au PSG est rentrée dans l’ADN du club. Les joueurs ont totalement accepté la large défaite dès le 2-0, quand Nîmes s’est arraché pour revenir à 2-2 avant de perdre, mais la tête haute.

 

Résultat de recherche d'images pour "psg asse 4-0"

Julian Draxmer s’apprête à lober Stéphane Ruffier et inscrire le premier but parisien. Le premier d’une longue série… (PSG-ASSE, 2018/2019).

Les choix de Gasset

Jean-Louis Gasset gardera une place d’honneur au panthéon stéphanois. Reprenant le club dans une position catastrophique, il est parvenu, grâce à Ghislain Printant, à effectuer une remontée historique au classement, tutoyant les places européennes. Si l’euphorie du résultat était bien là, force est de constater que le jeu stéphanois n’était pas forcément le plus léché de Ligue 1 : les Verts gagnaient, souvent péniblement, grâce à la plus-value apportée par les recrues (se souvenir de la victoire offerte par Debuchy contre Strasbourg par ex). Depuis le début de saison, le jeu stéphanois n’est pas bon. Alors que la grande majorité de l’équipe était déjà présente la saison dernière, les supporters sont encore à la trace de combinaisons, de une-deux, d’automatismes entre les joueurs. Si faire jouer Cabella et Khazri ensembles pourraient finalement être une gageure, le jeu déployé n’est pas en accord avec la qualité de l’effectif.

En témoigne ces statistiques inquiétantes :

  • Le dernier but marqué remonte à la 2e journée, contre Strasbourg !

 

  • La somme des Expected Goals, le nombre de buts que l’ASSE aurait pu marquer, atteint 3.14 (0.93 contre Guingamp, 0.33 face à Strasbourg, 0.25 contre Montpellier, 0.74 face à Amiens et 0.89 au Parc). Cela signifie que l’ASSE aurait du inscrire environ 3 buts depuis le début de saison, ce qui témoigne de la difficulté à se procurer des occasions. Pire encore, sur ces 5 matchs, l’ASSE a eu 4 fois un Expected Goals inférieur à celui de l’adversaire : en clair, Saint-Etienne se crée très peu d’occasions par match.

Les Expected Goals lors des matchs de l’ASSE (source : understat).

  • 1 victoire difficile face à Guingamp, un nul sans relief contre Montpellier, Strasbourg et Amiens, une défaite cinglante à Paris : avec seulement 6 points pris face à des équipes dont le début de saison n’est pas bon (Guingamp 20e, Amiens 18e, Strasbourg 16e), le début de saison est raté d’un point de vue comptable.

Enfin, certains choix interrogent, comme la décision de faire des changements très tardifs : face à Montpellier, Gasset ne fait que 2 changements, en faisant rentrer Nordin et Beric à la 86e minute. Hormis face à Strasbourg, son coaching n’aura eu pour l’essentiel que très peu d’impact sur les rencontres. De plus, la gestion de Robert Beric interroge : le Slovène n’a pour l’instant disputé que 37 minutes en 5 matchs (9 à Paris, 24 contre Amiens et 4 à Montpellier).

Inquiétant, oui ! Alarmant, non !

Au final, le résultat mais aussi la manière face à Caen seront déterminants pour juger de la qualité du début de saison stéphanois. Une victoire avec la manière permettrait enfin de lancer le début de saison et d’apporter des certitudes qui manquent cruellement. Au contraire, une contre-performance pourrait signer la première crise de l’ère Gasset. Toutefois, il est bien évident qu’il est encore trop tôt pour tirer des prévisions hâtives sur l’avenir : un mauvais début de saison peut être rééquilibré par une bonne fin de saison, comme l’inverse est aussi possible. Bref, comme le veut l’adage, alea jacta est.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.