Enquête : Selnaes, plus proche du but que jamais

Ole Selnaes semble enfin donner la pleine mesure de son talent à l’ASSE. Arrivé sur la pointe des pieds pendant un mercato hivernal, titulaire sans flamboyance durant les premières années et même parfois sur le banc, le jeune Norvégien est depuis un an et demi un titulaire indiscutable et un pilier de l’AS Saint-Etienne. Il compte déjà 4 passes décisives en Ligue 1 cette saison, alors qu’il n’en avait pas délivré une seule durant les 3 saisons précédentes ! Cette évolution est due à son positionnement bien plus en avant depuis ce début de saison.

Selnaes, un récupérateur plutôt qu’un créateur

Pendant longtemps, l’ASSE s’est coltiné un milieu de terrain travailleur, rugueux, discipliné mais pas forcément créatif ni très à l’aise tactiquement. Si le milieu de terrain Fabien Lemoine, Jérémy Clément, Renaud Cohade et Vincent Pajot a eu quelques succès et a pendant un temps été intéressant dans son imperméabilité, celui-ci s’est vite retrouvé assez limité pour faire le jeu. L’arrivée de Selnaes, un joueur disposant de qualités que n’ont pas les joueurs sus-nommés, était un atout nouveau dans la manche de Christophe Galtier. On ne peut d’ailleurs que saluer son utilisation dans un premier temps : Selnaes est arrivé en janvier en sachant qu’il ne jouerait que peu jusqu’au mercato estival, le temps de s’adapter au pays pour sa première expérience à l’étranger.

Ainsi, si l’on fouille dans les anciennes compositions de Galtier, on trouve Selnaes dans un positionnement très bas, à la récupération.

Ici, dans l’équipe alignée contre Toulouse le 28 aout 2016 pour la 3e journée de championnat, Selnaes est à la récupération, alors que Saivet et Pajot sont à la création.

Là encore, dans le 11 de départ face à Dijon pour la 30e journée du 19 mars 2017, Selnaes est à la base du triangle avec Saivet en pointe haute.

Contre Angers le 22 janvier 2017, Galtier positionne encore Selnaes comme un milieu défensif.

Même chose contre Bastia 18 septembre 2016 : Selnaes est la pointe basse du triangle. Les exemples sont légions.

La preuve par les (heat)maps

Ce positionnement très bas sur le papier de l’organisation se traduit concrètement avec les heatmap d’Ole Selnaes : ces cartes thermiques représentent graphiquement l’intensité d’une variable. Ainsi, plus un joueur occupe souvent un espace, plus l’espace apparaîtra foncé.

La heatmap de la première saison de Selnaes à l’ASSE est évidemment peu colorée, au vu de son faible temps de jeu (175 minutes de jeu). Mais, clairement, Selnaes a un positionnement de milieu défensif qui se projette peu, la majorité de l’espace occupé étant dans son camp.

Deuxième saison à l’ASSE : la heatmap de 2016-2017 est plus colorée grâce au temps de jeu plus important (2000 minutes en L1, l’équivalent de 22 matchs complets). Encore une fois, si l’espace balayé est plus large, Selnaes est dans un rôle de milieu défensif central, occupant surtout les 30 mètres entre la surface de réparation stéphanoise et le rond central. Quelques projections existent déjà, mais elles restent timides.

La même chose se répète : Selnaes joue même parfois plus bas que d’habitude, en témoigne les zones rouges foncées dans sa propre surface de réparation. Il devient aussi un tireur de corner. L’arrivée de Yann M’Vila à partir de janvier se fait déjà ressentir : sa présence se voit aussi souvent à droite dans le camp adverse. Ceci est à mettre en relation avec les compositions de Jean-Louis Gasset qui s’appuie fort heureusement sur Yann M’Vila pour constituer un nouveau triangle dans l’entrejeu stéphanois.

Contre Angers, le 17 février 2018, Gasset aligne le milieu de terrain type jusqu’à la fin de saison : M’Vila est à la récupération, Selnaes à ses côtés dans l’axe droit et Rémy Cabella est la pointe haute de ce triangle.

M’Vila, le tremplin

Yann M’Vila devient le premier relanceur de l’équipe. L’ancien Rennais descend très souvent entre ses deux défenseurs centraux pour assurer la relance, rôle dont était alors chargé Ole Selnaes. En effet, la qualité technique et la vision du jeu de M’Vila n’ont rien à voir avec celles de Lemoine, Pajot ou Clément : celui-ci est suffisamment juste techniquement pour être installé à cette place si stratégique. Il est suicidaire de placer comme premier relanceur de l’équipe un joueur qui perdra à coup sûr des ballons : toute erreur se paye cash à ce niveau de compétition. Galtier avait donc raison de positionner Selnaes à ce poste-là plutôt qu’un autre milieu de terrain.

Voici les deux heatmaps de Yann M’Vila depuis son arrivée à l’ASSE.

Pour sa première demi-saison à l’ASSE, M’Vila occupe surtout l’axe gauche du milieu de terrain. Il ne se projette que peu, restant prudent, occupant très majoritairement l’espace entre la surface de réparation et le rond central.

Voici la heatmap de M’Vila depuis le début de saison, qui est extrêmement proche de celle de la saison dernière. Le joueur n’est pas véritablement à la création mais reste le premier relanceur de l’équipe, allant très souvent chercher le ballon dans l’axe gauche de la défense centrale.

Selnaes, un cran plus haut

Dernière heatmap de cet article : celle d’Ole Selnaes depuis le début de saison. La différence est flagrante avec celle de Yann M’Vila et celles du Selnaes de 2016-2018. Le Norvégien n’est plus un milieu défensif central : il occupe désormais souvent l’axe droit du milieu de terrain. Sa présence se fait aussi aux abords de la surface adverse : là où les heatmaps des années précédentes n’étaient que peu colorées, il existe désormais une jolie empreinte rougeoyante entre les 30 mètres adverses et le rond central. De plus, l’on voit bien aussi un début de zone rouge vers les 16m adverses et surtout une présence bien plus marquée dans l’angle droit de la surface. Selnaes est aussi bien moins présent dans les 40m stéphanois grâce à Yann M’Vila, pilier de ce poste : il n’y a aucune zone rouge dans la surface stéphanoise, contrairement aux années précédentes.

Selnaes enfin décisif

Conséquence logique de ce repositionnement : le Norvégien s’éclate dans ce poste plus offensif où il peut faire parler sa qualité de passes longues mais aussi courtes. Avec 4 passes décisives, Selnaes est le 5e meilleur passeur du championnat (à égalité avec Boschilia et Tait), talonnant Nicolas Pépé, Payet et Neymar (5 passes). Contre l’AS Monaco, il adresse une longue transversale limpide dans la course de Wahbi Khazri.

Surtout, c’est contre Toulouse que l’on voit le bénéfice de ce positionnement haut : il déclenche le pressing sur Sangaré, le 6 toulousain, lors du 6m tiré par Baptiste Reynet. Son positionnement de départ n’est plus celui d’un numéro 6 classique : il peut se permettre cette anticipation grâce à la présence de M’Vila en couverture.

Selnaes termine même sa course (le nez dans le gazon !) aux 30m adverses, signe de son positionnement bien plus haut.

Plus proche du but, plus haut qu’un Yann M’Vila en sécurité derrière, Selnaes peut distiller sa 2e passe décisive de la soirée à Salibur.

De même pour sa dernière passe décisive contre le Stade de Reims.

Ole Selnaes occupe une position très haute sur le terrain, une quinzaine de mètres devant Yann M’Vila. Sa tonicité lui permet de se détendre pour intercepter la relance hasardeuse rémoise. Il terminera même l’action au point de pénalty, signe d’une capacité à se projeter.

 

En définitive, cette évolution de Selnaes, joueur à la technique au-dessus de la moyenne, apparait comme très prévisible. Ses premiers touchers de balle avec l’ASSE, plus particulièrement une relance extérieure du gauche en pleine course lors d’un match de coupe de France à Troyes en 2016, montraient bien cette qualité de passe. Il est donc fort intéressant de le voir aux côtés d’un Yann M’Vila qui assure la sécurité de la défense mais aussi la première relance : Selnaes n’est plus obligé de descendre entre les centraux pour lancer les transitions. Il évolue davantage au coeur du jeu, ce qui lui permet logiquement de s’illustrer offensivement. Ses passes sèches, millimétrées, couplées à son pressing intense et tactiquement intelligent lui permet de récupérer des balles hautes et de transmettre des caviars à ses attaquants. Nul doute que le Norvégien ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. Le prochain à passer : prendre davantage sa chance. Sa grosse frappe, entrevue rarement à Geoffroy-Guichard et plus récemment en match international, ainsi que son positionnement plus haut sur le terrain doivent désormais l’amener à marquer des buts. Pourquoi pas dès le prochain match, contre l’OL ?

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