L’apocalypse, et alors ?

Le départ d’Oscar Garcia signe la fin d’un épisode inattendu au sein du club forézien. La prise de risque n’aura été qu’éphémère et incomplète, entrainant une apocalypse bienvenue pour le club. La fin du moment Oscar Garcia, catastrophique à court terme, pourrait s’avérer salutaire pour l’ASSE à long terme.

« No more half-measures »

Les fans de la série Breaking Bad reconnaitront ici le fameux discours de Mike Ehrmentraut déclarant « No more half-measures » (« plus de demi-mesure »). L’expérience Garcia à l’ASSE restera un échec car incomplète : le technicien catalan, arrivé avec une certaine conception du football, s’est heurté dès les premières heures à l’absurdité d’un club amateur aux ambitions professionnelles.

On se rappelle avec nostalgie les premières informations indiquant quelques obstacles à l’arrivée d’Oscar Garcia. Très rapidement, la question du staff s’est posée : que faire de certains techniciens dont le contrat avait été prolongé peu de temps auparavant, comme René Lobello ? Après de longues journées d’incertitudes, les deux parties s’étaient séparées. Le club avait mis dès le départ une mauvaise volonté au sujet des adjoints que souhaitait Oscar Garcia. Fallait-il limiter le nombre d’adjoints pour économiser trois sous, ou, au contraire, faire preuve d’ouverture en accédant à son désir de posséder un staff étoffé et de qualité ? Les premiers grippages dans la nouvelle machine stéphanoise, supposément neuve et ambitieuse, auront été quasi immédiats.

Le départ d’Oscar Garcia est un désaveu. Il est extrêmement rare qu’un coach quitte de lui-même son poste, sans que les supporters ne réclament sa tête, alors qu’il dispose encore d’un classement confortable (on ne répètera jamais assez que le poste d’entraineur ne se juge pas au bout de 5 mois mais sur le long terme, avec un effectif choisi par ses soins) lors d’une saison de transition avec un effectif imposé. Son départ est une seconde humiliation pour le club après la défaite historique lors du dernier derby. Le Catalan considère que l’aventure doit tourner court, que le club fonce dans le mur, qu’il est condamné.

Tel un Marcelo Bielsa plaçant ses convictions au dessus de l’institution, Garcia a préféré s’avouer vaincu dans la lutte l’opposant à l’Etat profond du club stéphanois (hommes forts proches des présidents, réseaux de copinages, etc) afin de démontrer dans un sacrifice ultime sa grandeur : plutôt partir d’un club pourri de l’intérieur, de plein gré et en emportant ses convictions, plutôt que de pactiser avec le diable de l’hypocrisie.

L’expérience Garcia restera marquée du sceau de la demi-mesure, de l’incomplet, de la prise de risque avec une prudence exagérée. En tirant les leçons de cette première crise de cette décennie, on comprendra que la place de l’entraineur ne doit pas être seulement celle d’un entraineur de joueurs, mais qu’il est aussi un rouage essentiel du fonctionnement d’un club, que les différents pouvoirs doivent s’équilibrer pour travailler en harmonie. Garcia aurait dû être la nouvelle pierre sur laquelle bâtir le club stéphanois, et non un entraineur jetable dont on freine l’action dès ses débuts.

Le destin de Garcia le conduisait à devenir la tête pensante et le bras armé du nouvel ASSE, joueur, rusé, amoureux du football. Il n’en sera rien. Il est surréaliste de lire que des joueurs sont imposés à un coach qui a fait l’effort de proposer 23 noms à sa direction. Oscar Garcia aurait dû bénéficier de pouvoirs étendus, d’une marge de manœuvre à la mesure des ses ambitions. En bridant l’entraineur, le club s’est tiré une balle dans le pied. Le club a clairement manifesté durant les dernières semaines son incapacité à se transformer pour se mettre au diapason d’un amoureux du foot forgé de bonnes intentions et au bon sens évident (discipline accrue, entrainement filmé, etc).

Ôde à la destruction créatrice

Par cette expression, l’économiste Schumpeter identifiait un processus à l’œuvre dans nos économies modernes : des secteurs d’activités disparaissent au profit de nouveaux. Le départ d’Oscar Garcia pourrait être la première étape ce cette douloureuse expérience. En conséquence, il est très probable que l’ASSE connaisse des heures sombres dans un temps proche.

L’effectif actuel est sans doute l’un des plus faibles des dernières années. L’aura du club a considérablement pâti des dernières semaines (défaite historique dans le derby, envahissement du terrain, banderole à l’Etrat, démission du coach). Actuellement, qui serait assez fou pour venir entrainer l’ASSE alors que sortent déjà dans la presse toutes les raisons fondées du départ du technicien catalan ? Qui souhaiterait s’installer dans un club où l’entraineur ne peut choisir ses joueurs ? Qui considèrerait d’un bon œil un club aux moyens réels mais largement gaspillés à chaque mercato ? Qui, enfin, penserait réussir à s’intégrer dans un club structuré par le copinage et l’amateurisme patent à tous les niveaux ?

On peut à la fois aimer son club et être un prophète de l’apocalypse à venir. Seule une plongée dans les abîmes permettrait au club d’expurger ses parasites qui le rongent de l’intérieur. La salvation viendrait alors d’une crise sans précédent entrainant le départ des incompétents notoires qui sucent le sang de l’ASSE. Le départ d’Oscar Garcia est annonciateur de cette crise. On ne peut que prier qu’elle s’amplifie afin que des décisions radicales soient prises pour sauver le club des ténèbres vers lesquelles il avance à pas de géant. L’amateurisme n’a plus sa place dans un club qui postule à jouer un rôle dans le championnat français. La cellule recrutement chapeautée par un ancien agent de joueurs est à des années lumières des modèles européens comme le FC Séville de Monchi et Emeri.

Pour les Anciens grecs, la crise était ce moment où tout se jouait pour le malade : soit la mort l’emportait, soit la vie triomphait. L’ASSE vit aujourd’hui une telle crise. Comme un corps qui se défend de l’empoisonnement, le club doit désormais vomir ses éléments qui le rongent de l’intérieur pour espérer vivre à nouveau. Cette crise, selon les décisions qui seront prises, pourra être salutaire.

La décision de porter Julien Sablé au poste d’entraineur ne fait que conforter mes positions. Julien Sablé est le choix de la faiblesse, le choix du manque d’expérience, le choix du pantin qu’on agite devant les foules pour les distraire. Julien Sablé a été choisi car il est un Stéphanois : il bénéficiera très probablement d’une clémence démesurée. Enfin, la deuxième raison est plus machiavélique. Contrairement à un Oscar Garcia, qui, selon Roland Romeyer, ne savait pas dans quel club il mettait les pieds, Julien Sablé connait très bien la maison stéphanoise. Il ne tentera pas de renverser l’équilibre des pouvoirs au sein du club comme Oscar Garcia l’a tenté. Il ne partira pas en bataille contre les privilèges, les copinages, l’incompétence érigée au rang de critère de recrutement. En tant qu’homme proche de Romeyer, à qui il doit tout, Julien Sablé restera docilement à sa place attribuée, se gargarisant d’un recrutement dirigé par un ancien agent de joueurs. Son inexpérience lui interdit de parler, de perturber, de chambouler, de mener la charge contre les parasites installés et omnipotents. Son inexpérience est un don de Dieu pour les pontes de club.

Ce qui ne me fait pas mourir me rend plus fort

Finir par la mort est somme toute logique.

L’aventure Garcia est morte.

La prise de risque est morte.

Les rêves d’un club ambitieux sont morts.

Mardi soir s’est joué un drame où un club de 70 ans est mort.

Le cercueil vert est désormais bien clouté et verrouillé.

 

 

Ne reste plus qu’à espérer que tel un phœnix, le mort revienne à la vie pour tutoyer les cieux.

16 Responses

  1. peter dit :

    Faire du professionnel avec des amateurs!!!!Voilà le Sainté qu’on nous sert , des dirigeants qui se prennent les pieds dans le béton et qui n’ont rien compris , l’affaire Bamba…gestion lamentable, des joueurs qui font peine a voir sur le terrain , à ce rythme là , bonjour la D 2.Quand au départ de l’entraineur , la suite logique de la gestion catastrophique des pseudo dirigeants. Supporter des verts depuis plus de 50 ans , je suis comme beaucoup dégouté…..

  2. Anonyme dit :

    Bravo vraiment bravo Licata, tu es digne de René Girard, pas l’entraîneur, bande de patates, mais celui qui a écrit sur le bouc émissaire (prof à Stanford). Jamais lu une telle analyse. Ménès peut se cacher à coté de toi = un gros nul !

    Note à benêts (blague de Boris Vian) : auteur de « La violence et le sacré » (Grasset).

  3. Nênê = pseudo dit :

    Excellente analyse Licata le gregeois notamment sur le sens grec de « crise ». C’est si rare dans ce monde de plouks que sont les rédacteurs sportifs de petits sites *commentaire modéré, les insultes ne sont pas nécessaires…* ! Je l’ai fait, je sais !

    Il faut lancer une pétitiion contre ce maquereautin de Sablé qui n’a rien à foutre comme entraîneur, c’est un godillot de Roro comme ki dit Licata (LOL). Un entraîneur c’est 300 000 sucettes par mois comme le mec Ranieri et pi c’est tout ! J’suis prêt à aider pour ce faire ( pour ce fer LOL) !

  4. ? dit :

    L’ASSE RISQUE LA LIGUE 2 AVEC SES « DEUX SOIT DISANT » PRESIDENTS

  5. Lafecha dit :

    La conclusion est vraiment exagérée, le club est mort avec la démission de Garcia vraiment?!! ….Honnêtement, je ne comprends pas la clémence et l’encensement des supporters envers Garcia, alors qu’il n’a strictement rien prouvé mais qui a plutôt détruit la cohésion et la confiance de son équipe avec ses tactiques incompréhensibles et sa communication plus que limite. Tout avait bien pourtant commencé et depuis le match de Paris il a perdu les pedales et a été pris d’une frilosité incompréhensible jusqu’au fiasco du derby…je veux bien que le club soit à la dérive mais svp reconnaissez egalement les responsabilités de Garcia qui ne s’est jamais remis en cause. Il a préféré partir, c’est mieux ainsi pour lui et pour le club! À fond derrière Julien Sable maintenant, il a moins d’expérience mais il sera clairement un meilleur meneur d’hommes et c’est ce dont on a besoin! Allez les verts!!

  6. blanchet guy dit :

    l’asse a tout perdu en tres peu de temps ,a ces deux presidents qui sont completement aveugle et sourd qui pensent que toutes leurs solutions sont bonnes mettre en place un entraineur avec aucune experience bon courage a lui pour relever une equipe sans ame bonjour la descente au enfer (j’espere me tromper ?????)
    j’ai mal a mon coeur de supporter

  7. JOELLE dit :

    BEAU DISCOURS SOUTENONS SABLE POUR L EQUIPE ET LE CLASSEMENT MAUVAIS PASSAGE LE RETOUR DE TKC HAMOUNA CABELLA DOIT NOUS PERMETTRE D ARRIVEE A LA TREVE DANS LES 10 L ASSEMBLEE GENERALE DE DECEMBRE VA PROMETTRE ALLEZ LES VERTS

  8. araez jean-marie dit :

    Amen

  9. Stephy26 dit :

    Excellent du début à la fin ! Bravo pour cette analyse pleine de bon sens et de réalisme. La mort ne viendra que par le boycott des supporters. Des matches devant un stade vide ! Les 2 clowns devront alors partir et le phoenix pourra renaître de ses cendres grâce à un investisseur solide. Souhaitons que le peuple vert l’ait bien compris et qu’il sera assez fort pour faire cette révolution. Dehors les clowns !

  10. Bidart David dit :

    Merveilleusement écrit et tellement proche de la réalité! Sainté était redevenu un club du présent. Un palier devait être franchi avec Oscar Garcia qui est je pense quelqu’un de droit et clair. Attention à la descente!! Ce groupe, quel que soit l’entraîneur jusqu’à la fin de la saison risque de se disloquer et perdre la seule qualité qu’il possède, la combativité…
    Cette saison est déjà terminée. Reste à préparer la suivante avec certainement de nouveaux moyens financiers, un entraîneur du style de Garcia, une nouvelle cellule de recrutement et une identité forte en piochant dans la jeunesse du centre de formation.
    Chaque crise est salutaire. Allez les Verts!

  11. BOISVERT dit :

    rien a rajouter parfait boycott complet de se club

  12. Anonyme dit :

    Tout est dit

  13. roby dit :

    trés bonne analyse.. a envoyer aux baltringues qui gérent ce club serait judicieux!

  14. vertdecoeur dit :

    je partage totalement ton avis Nicolas , tout est parfaitement résumé dans ce texte , les copinages , l’amateurisme , les erreurs de recrutement à gogo finiront par couler définitivement ce club mythique des années 70 dans l’anonymat le plus total cela est triste mais nous y allons petit à petit et jour après jour

  15. Nênê dit :

    Mais ouais Licata, c’est la Kata mais pas la Kata Phusis d’Aristote = aristoteles = la crème des crèmes en grec !

    Excellent diagnostic : Roro est le super fléau de c’te club et Cas iazo i s’en fout !

  16. Nênê dit :

    Très bonne analyse. Impensable de voir comment la direction conforte cet incapable de Sablé et sa tronche de cake ! A part Cabella et l’ot charlot qui veut de la tune, ils sont tous nuls. Ruffier = une vraie passoire en ce moment !

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