Enquête : Jérôme de Bontin, de Monaco à Saint-Etienne

Planete-ASM est un site dédié à l’actualité de l’AS Monaco. Après 10 ans d’existence, le site tire sa révérence à la fin de la saison. Une référence de l’actualité asémite disparait, saluée notamment par le club de l’AS Monaco. Toutefois, les fans monégasques peuvent toujours compter sur LiveTeam-ASM pour les informer sur leur équipe favorite.

Ces deux média ont accepté de répondre à nos sollicitations pour nous éclairer sur Jérôme de Bontin, probable futur président de l’ASSE. En effet, l’homme a été lié au club de la Principauté pendant un temps, auprès duquel il n’a pas laissé un souvenir impérissable. Nous avons justement essayé de comprendre, d’analyser, pour envisager, prévoir la direction que prendra l’exécutif stéphanois une fois la vente conclue. Merci aux ultras de Monaco pour leurs renseignements, à Planete-ASM et LiveTeam-ASM et plus particulièrement à Rémi et Nicolas pour leur temps et leur disponibilité. Sans eux, cet article n’aurait pas vu le jour !

TalkShow Stéphanois : Jérôme de Bontin est un homme qui donne l’image d’un passionné de sport (licence d’arbitre, titulaire de diplômes d’entraineurs aux USA, etc). Toutefois, c’est aussi un homme de la finance… Etait-il, en ce sens, plus compétent qu’un autre pour diriger un club de football ?

Rémi (Planete-ASM) : A son arrivée, JDB était un OVNI à la présidence monégasque. Il s’agissait du premier président non-monégasque et, surtout ne bénéficiant d’aucun réel lien avec la Principauté, qui prenait la direction de l’ASM. Sa compétence en tant qu’homme d’affaires et de réseaux était tout à fait avérée. En revanche, il ne possédait aucun background sur la gestion d’un club de football. Son idée de départ à Monaco était de donner une dimension internationale au club, et de le faire rayonner au-delà de la France, mais surtout au-delà du continent, d’où les recrutements de Freddy Adu et Park Chu Young.

Nicolas (LiveTeam-ASM) : Jérôme De Bontin est arrivé à l’ASM en partie grâce à son amitié avec le Prince Albert II de Monaco. Très américain dans sa manière de fonctionner, il est très américain dans sa démarche. Je ne sais pas si c’était réellement l’idéal pour un club comme l’ASM.

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TSS : Son arrivée au sein de l’ASM a été marquée par des décisions fortes (mise à l’écart de Jean-Luc Ettori, présent au club depuis 30 ans). De Bontin cherche-t-il à présider par la violence, à placer ses hommes coute que coute ?

Rémi (Planete-ASM) : Effectivement, la mise à l’écart de Ettori, un historique de l’ASM, était une décision tout à fait maladroite. Ne faisant pas partie des Ultras de l’ASM, que je vous encourage à interroger, je n’ai pas d’avis sur cette question.

En revanche, il est clair que De Bontin s’est affirmé par son pragmatisme. Pour lui, l’histoire et les anciennes gloires ne comptent pas. Il observe uniquement la compétence des hommes en place, et ce qu’il pense être l’organisation optimale pour le club, sans prendre en compte la valeur historique.

Je nuancerai en vous disant qu’à l’ASM la pression des supporters est moindre. Ainsi, je pense que l’avis des supporters monégasques n’est jamais entré en compte dans la vision et la politique de De Bontin.

Nicolas (LiveTeam-ASM) : Il n’a pas forcément placé ses hommes. Il avait des idées, il a voulu s’y tenir. Aux USA il n’y a pas forcément les mêmes « valeurs » qu’en France en terme de stratégie, de recrutement. Un PDG arrive, il remplace pour mettre la nouvelle stratégie en place. En France, surtout dans le football. Nous aimons avoir une valeur historique. Voir les anciens du club perdurer etc… à mon sens cela a été une grande erreur de son mandat à la présidence de l’AS Monaco.

TSS : Que pouvez-vous nous dire sur sa politique sportive, et notamment sur les recrutements effectués sous sa conduite ? On parle beaucoup de recrutements « prétextes » pour développer la marque Monaco sur d’autres continents (Freddy Adu pour le marché étatsunien, Chun-Young Park pour le marché asiatique).

Rémi (Planete-ASM) : Effectivement, ses deux recrutements emblématiques furent Adu et Park, avec cette idée de rayonnement international. Mais, à mon sens, on ne peut pas limiter la vision de JDB à cela. A son arrivée, il a également confirmé Ricardo malgré une douzième place la saison précédente. Il a souhaité que les jeunes du centre de formation soient plus mis en avant en équipe première, ce qui fut le cas avec Yohann Mollo, NKoulou, Mongongu et surtout Ruffier qui a été titularisé à la place de Flavio Roma lors de sa saison de présidence.

Sous sa conduite, l’ASM a également recruté Dario Simic et Patrick Muller, deux défenseurs axiaux expérimentés ou encore Alejandro Alonso de Bordeaux.

Pour revenir à Adu et Park, le bilan est mitigé. L’Américain a été en dessous de tout, et n’était même pas au niveau de l’équipe réserve en CFA, quand le Coréen a fait une saison satisfaisante dans le jeu, sans être forcément transcendant.

Nicolas (LiveTeam-ASM) : L’idée était en effet de développer la marque AS Monaco à l’international. Comme vous le dîtes, les recrutement d’Adu, alors grand espoir du football américain puis Chu Young Park, international sud-coréen, étaient dans ce but bien précis. L’idée pouvait être inintéressante mais très compliquée dans le contexte monégasque. Je pense vraiment qu’il est arrivé avec de bonnes intentions sans toutefois connaitre vraiment le football français et encore plus les caractéristiques monégasques.

 

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TSS : De Bontin arrive à l’ASSE avec une réputation qui le précède, avec une quasi légende noire à propos de ses rapports avec les supporters. Vous confirmez ? Pensez-vous qu’il a les capacités pour cohabiter avec la présence de groupes ultra développés, comme c’est le cas à Saint-Etienne ?

Rémi (Planete-ASM) : A mon sens, il devra s’adapter au contexte stéphanois, tout comme les Ultras de l’ASSE devront s’adapter à une présidence un peu plus business. A Monaco, il se sentait intouchable : il est arrivé en étant un proche du Prince Albert, et n’a fait que très peu de cas des sentiments des supporters. A voir comment il envisage la place du public à l’ASSE…

Nicolas (LiveTeam-ASM) : Concernant sa relation avec les supporters, il y avait du dialogue. Des désaccords certes mais du dialogue. Je pense aussi que c’était une époque où l’ASM n’allait pas aussi bien qu’aujourd’hui et que forcément les tensions sont plus vives. Le gouvernement monégasques n’est également pas toujours facile, obligeant parfois les directions à se plier (comme vous avez pu le voir avec cette honte d’arrêté empêchant vos supporters d’accéder à la principauté). Je pense vraiment qu’avec l’ASSE le dialogue sera présent, il écoutera les supporters. La pression des fans étant aussi plus forte chez vous que chez nous, il a tout intérêt à le faire.

TSS : On évoque aussi un « visionnaire », un « homme en avance sur son temps », qui souhaitait développer l’ASM et mettre en place une stratégie sur le long terme. Quelle était justement sa politique en ce sens ?

Rémi (Planete-ASM) : Difficile de répondre car il est resté moins d’un an (avril 2008-février 2009), mais il semblait effectivement avoir une vision assez business du football. Sa principale stratégie était de vouloir doper les recettes du club en l’internationalisant. C’est un homme qui croit beaucoup dans le potentiel des USA et de l’Asie dans le football et qui souhaitait être précurseur en misant sur ces continents là dès le départ.

Au final, il est bien difficile de juger sa politique sur quelques de mois de présidence, surtout dans un contexte où l’ASM était exsangue financièrement et bien à la peine sportivement.

Nicolas (LiveTeam-ASM) : Concernant sa vision « en avance sur son temps » c’est assez vrai. Sauf qu’à mon sens elle n’est pas toujours adaptée à tous les milieux. Jérôme De Bontin est un brillant homme d’affaires, et son rôle dans le développement de la MLS en est la preuve. Mais à Monaco ses idées étaient quelques peu radicales. Nous étions dans une déclinaison sportive et il n’avait pas le temps de tout mettre en place. En football, c’est le résultat qui prime, pas forcément l’image. L’image doit venir grâce aux résultats. Et lui voulait plutôt vendre la marque en dehors du terrain. A Monaco c’était impossible.

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TSS : De ce qu’il ressort, de Bontin souhaitait véritablement être un bâtisseur pour Monaco, en opérant une rationalisation et une réorganisation complète du fonctionnement du club au niveau administratif et commercial. Comment cela s’est-il traduit concrètement ?

Rémi (Planete-ASM) : A l’ASM, on n’en retiendra rien. Ou très peu de choses. Il a tenté un pari avec Park et Adu, mais l’équipe autour ne suivait pas. Ricardo était sur le banc, et l’ensemble était bien triste. Je le répète, on a senti qu’il avait une vision, qu’il a voulu tenter des choses, mais il est resté trop peu de temps pour qu’on puisse le juger.

Nicolas (LiveTeam-ASM) : Cela se traduit tout bonnement par un échec. Si le communiqué officiel parlait d’une démission pour des raisons personnelles, les bruits qui circulaient avec insistances évoquaient plutôt une prise en compte du palais sur la mauvaise geste du club. L’image de l’ASM ne s’est que dégradée, le côté sportif était un désastre, il n’y avait quasiment plus de bons joueurs. C’était le début de ce qui a mené le club en Ligue 2.

TSS : Les supporters stéphanois regrettent souvent le fait que la « marque ASSE » ne soit pas très développée. Le site monaco-matin, qui a rencontré de Bontin en avril 2008, nous détaille cette stratégie pour développer la marque ASM : «internationalisation de la « marque » AS Monaco, merchandising outre-Atlantique et en Asie, élargissement de l’audience du site internet, avec un contenu traduit en italien, espagnol, mais aussi en russe, mandarin ou japonais ». Cette politique a-t-elle été efficace à Monaco ?

Rémi (Planete-ASM) : Non, la base populaire du club était trop faible. Mon sentiment est qu’il a fait les choses à l’envers. Il a souhaité doper le merchandising de l’ASM avant d’asseoir sportivement la position du club. Monaco était dans le ventre mou de la L1 à l’époque, et suscitait l’indifférence. Sa politique, sur quelques mois, n’a rien amené à ce niveau-là, même si il parait que nos matches étaient diffusés en Corée du Sud.

Nicolas (LiveTeam-ASM) : Honnêtement non. La communication du club était catastrophique à cette période. C’est d’ailleurs une période ou de plus en plus d’indépendants prenaient en charge la communication pour faire vivre la passion autour de l’ASM. C’était un fiasco total. On voyait 5-6 coréens au stade en Août de temps en temps grâce à Park mais en dehors de ça c’était le néant. L’ASM a vraiment grandie avec l’arrivée de Dmitry Rybolovlev. Avant lui, c’était une communication désastreuse. Indigne d’un club ayant un tel palmarès que le nôtre.

TSS : Son départ en février 2009 (la veille d’un match contre… l’ASSE !) de la présidence de l’ASM a été une surprise. Si le discours officiel évoque des « raisons familiales », on parle plutôt du fait qu’il n’aurait pas accepté l’idée qu’un conseil de surveillance se mette en place pour encadrer ses décisions. Planete-ASM écrivait à l’époque « La perspective d’être surveillé et donc de ne pas bénéficier d’un total contrôle de ses actes l’aurait donc poussé à vouloir retourner à Chicago ». Est-ce que cela témoigne d’une certaine impulsivité, d’un homme à la forte personnalité, qui ne fait pas de concessions ?

Rémi (Planete-ASM) : Je pense que c’est un homme qui souhaite avoir la main sur un projet. La gouvernance monégasque était bien compliquée en ces temps-là et je pense qu’il était difficile pour lui de pouvoir affirmer sa vision dans ce contexte. Par ailleurs, je pense que les conditions n’étaient pas réunies à l’ASM pour pouvoir mener sa stratégie. C’est un homme d’entreprise, un homme d’affaires. Il a senti qu’il n’était pas réellement soutenu, que sa politique posait question dans les hautes sphères de la Principauté et a donc logiquement démissionné.

Nicolas (LiveTeam-ASM) : Il aimait agir et établir ses propres idées. Il se voulait être le chef. A Monaco cela ne fonctionne pas ainsi, le prince a son mot à dire. Les raisons que vous citez sont correctes et ce sont les bruits qui circulaient comme je le disais précédemment. Mais comme tout président de l’ASM, il devait rendre des comptes au Prince et son année de présidence était vraiment loin d’afficher de bons résultats tant sportivement qu’en terme de communication.

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TSS : On regrette souvent en France les ingérences des présidents dans le sportif (omniprésence médiatique, interférence avec le domaine de compétence des entraineurs, etc). Comment de Bontin s’était-il positionné par rapport à cela ? Il exprimait lui-même la volonté d’être « un président omniprésent », « d’être présent à l’ensemble des niveaux d’importance »…

Rémi (Planete-ASM) : Il semblait rester à sa place, celle de Président. Peu d’ingérence dans le sportif (exemple : Adu n’a que très peu joué, alors qu’il s’agissait de « sa » recrue phare). A son arrivée, il n’a pas changé d’entraineur, et l’effectif a peu évolué. Encore une fois, nous avons trop peu de recul pour juger son positionnement en tant que président

Nicolas (LiveTeam-ASM) : De Bontin était un président qui expliquait son projet. C’est une qualité. Tous ne le font pas. A côté de ça, à Monaco cela n’a pas fonctionné en partie parce qu’il voulait vraiment dicter ses idées. Sa petite expérience à la tête de l’ASM aura peut-être un aspect bénéfique sur celle de votre club.

TSS : De Bontin est-il un homme de réseaux ? Il semble être très porté sur les Etats-Unis, mais évoquait aussi des liens avec des clubs italiens, espagnols ou anglais, lors de sa présidence sur le Rocher. Est-il isolé au sein du football européen ?

Rémi (Planete-ASM) : Il est clairement un homme de réseaux, mais pas de football. Son réseau a une dimension très nord-américaine. C’est un business man reconnu, mais pas réellement dans le football.

Nicolas (LiveTeam-ASM) : Honnêtement je pense vraiment qu’il est vraiment proche du football US mais qu’en dehors ce n’est pas le président qui va arriver avec un réseau important venant du football européen. Toutefois, il faudra voir l’entourage qu’il met en place à Saint-Etienne. Cela aura un impact important.

TSS : Un mot pour finir ?

Rémi (Planete-ASM) : J’ai interviewé De Bontin en 12/2015. A l’époque, il m’a confié être toujours être impliqué dans le football. Il était chairman de Rush Soccer, la plus grande académie du monde pour les jeunes joueurs de football, comprenant 34 000 joueurs et présente sur les 5 continents. En parallèle, JDB continuait à œuvrer dans l’ombre pour accompagner des investisseurs américains souhaitant investir dans le football européen.

Nicolas (LiveTeam-ASM) : J’espère avoir pu vous éclairer quelque peu sur le président que peut être Jérôme De Bontin, désolé encore de ne pas avoir pu accueillir vos supporters à Louis II, ce n’est ni de la responsabilité du club, ni des supporters. Je vous souhaite une bonne continuation, après tous, nous supportons tous deux des clubs de cœur de Johan Mollo.

 

1 Response

  1. noam dit :

    de toute façon, il fera mieux que romeyer plus compétent, il ne mettra pas Sablé lui,
    il faut du changement à l’asse, pas une bande de famille, comme monsieur romeyer
    trop copain copine, on avancera pas sinon

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