Portrait : Frédéric Paquet ou l’ASSE au XXIe siècle

Après une quinzaine de jours à la tête de l’ASSE (il a été nommé le 9 janvier mais est entré en fonction le 19 janvier), il est désormais temps de présenter le nouveau boss de l’ASSE. Frédéric Paquet a en effet la lourde charge de succéder à celui qui sera probablement un « mythique » président de l’ASSE, Roland Romeyer. Alors, Frédéric Paquet est-il celui qui fera de Saint-Étienne un club du XXIe siècle ?

« Un parcours atypique et éclectique »

Frédéric Paquet sait choisir les mots justes. On peut donc faire confiance au nouvel homme fort de l’ASSE lorsqu’il évoque son parcours, pour le moins surprenant dans le monde du football. De formation scientifique, « très cartésien » et pratiquant de plusieurs sports (dont le football !), Frédéric Paquet connait le très haut niveau sportif en étant joueur international de football américain. L’homme ne s’arrête pas là puisqu’il gravit ensuite les échelons jusqu’à être pendant plus de 10 ans le président de la fédération française et internationale. Un tropisme pour les Etats-Unis qui influencera le reste de sa vie…

Avant cela, Frédéric Paquet a connu les bancs d’établissements prestigieux : un DEUG en sciences des structures et de la matière sur le Campus de Jussieu (aujourd’hui campus principal de la Sorbonne). Le colosse (2 mètres !) poursuit sa formation à l’université d’Aix Marseille avec une licence et maîtrise de chimie-physique entre 1988 et 1990. La formation s’arrête pour un temps, puisque Frédéric Paquet vogue à travers le monde en qualité d’ingénieur surveillance forage sur les plates-formes pétrolières ! Après une pige comme directeur de l’office de tourisme dans une commune des Bouches-du-Rhône, il reprend ses études avec une maîtrise en sport et management entre 1995 et 1997 à l’université Aix-Marseille.

C’est alors le moment d’entrer dans le foot comme directeur marketing au LOSC entre 2000 et 2002, un poste qu’il quitte notamment pour travailler comme Coordinateur général au Stade Français puis à Colomiers Rugby entre 2002 et 2003. Sa spécialisation universitaire reprend à l’occasion d’un master en marketing et management à l’ESSEC entre 2004 et 2005. Il revient alors au LOSC de 2007 à juin 2009 comme directeur du développement, pour « améliorer le fonctionnement de chaque service » et « développer un réseau de lobbying ». Il occupe parallèlement de juin 2004 à juin 2015 le poste de directeur général association, « en charge de la gestion du centre de formation […] afin de le positionner comme l’un des plus performants d’Europe ». Il monte alors en grade en 2009 pour être Directeur général adjoint administratif et sportif de 2009 à juin 2015, « en charge de l’ensemble de la politique sportive ». Le nouveau boss des Verts connait donc déjà tous les rouages d’un club de football : son panorama d’expériences dans ce domaine peut ainsi être un atout majeur, notamment pour régler les dysfonctionnements de l’ASSE et professionnaliser le club.

Après avoir quitté le LOSC, comme tout bon sportif, Paquet recherche « un nouveau défi » : il part en famille s’installer en Floride où ils achètent et exploitent un terrain de golf. Il garde toutefois un pied dans le foot, puisqu’il recrute autour de lui une équipe de chercheurs pour développer un logiciel « permettant de limiter le risque de blessures chez les footballeurs ». Un logiciel qu’on espère rapidement déployé à l’ASSE !

On le voit, son parcours est pour le moins divers. Cependant, celui-ci est en accord avec ses centres d’intérêt : « l’univers du sport de performance, la stratégie et le management des hommes ». Les postes de direction dans le sport semblent donc taillés pour lui. Paquet associe à la fois un savoir théorique et une pratique de haut niveau qu’il a longuement exercé.

Manager les footballeurs et les supporters

Après ce parcours pour le moins impressionnant, il est temps de s’attarder sur une partie plus connue mais aussi plus sombre de Frédéric Paquet. Sa nomination a en effet fait grincer des temps du côté des supporters et a rappelé de mauvais souvenirs aux supporters lillois voire à certains footballeurs.

Pour le directeur du centre de formation de Lille, Jean-Michel Vandamme, Paquet impose d’abord par « son allure stricte et rigoureuse ». Toutefois, il est aussi, selon lui, « très humain » et c’est « un vrai bon manager ». Cette idée de management peut être utile dans un club comme l’ASSE où la gestion des hommes semble parfois proche d’un paternalisme de l’ancien temps (sauf dans certains cas, où comme pour Monsoreau ou Bamba, le club s’est montré plus dur voire impitoyable).

Paquet n’a pas laissé de bons souvenirs à tout le monde : Grégory Tafforeau, l’ancien défenseur lillois, évoque « quelqu’un de très dur, très sanguin, sachant jouer de son physique. Il ne fait pas du tout dans l’humain ». Le footballeur s’est trouvé en position délicate au LOSC, son club le poussant vers la sortie. Frédéric Paquet a semble-t-il joué un rôle pour le moins important, puisqu’il « est venu nous mettre la pression chaque jour ». Cette gestion est donc plutôt celle d’un chef d’une grande entreprise, d’un manager, qui cherche la performance coûte que coûte. Enfin, certains collaborateurs parlent même d’un homme « qui a participé à détruire une machine bien huilée »…

Paquet apparait comme un manager, qui connait son domaine de compétence et qui n’essaiera pas de parasiter l’action du coach, même s’il lui est arrivé d’avoir de gigantesques engueulades avec Puel. Un ancien membre du LOSC évoque Frédéric Paquet : « Fred n’est pas un gestionnaire. Quand c’est le bordel dans un club, il est efficace sur du management de courte durée. Il aplanit des conflits car il bosse beaucoup et a tendance à impressionner avec son gabarit. Mais il ne sait pas gérer les relations humaines hors de la crise ». Le manager sera-t-il de passage à l’ASSE pour éteindre le feu ou participera-t-il à la marche vers le progrès du club ? Si la situation actuelle du club semble convenir à ses compétences de pompier de service, il reste à voir quelles seront ses actions lorsque le club sera plus stable.

Enfin, du côté des supporters. Frédéric Paquet ne s’est pas fait que des amis au LOSC, loin de là. Un supporter du groupe des Dogues du Net explique : « On conserve une image peu diplomate et directive de ses échanges avec nous. Il a amené une culture très commerciale et tournée vers le spectacle au LOSC. ». Plus grave encore, son intolérance vis-à-vis des groupes ultras, selon une source du LOSC :  « Il est clairement adepte de la tolérance zéro. S’il n’y avait plus aucun ultra dans les stades, il ne s’en porterait pas plus mal…« . Si cette intolérance pouvait marcher au LOSC, dans un club où les ultras restent assez marginaux et où l’ambiance est souvent feutrée, le contexte est bien différent à l’ASSE où les mouvements ultras sont puissants et n’hésitent pas à montrer leur mécontentement voire à tenter de s’immiscer dans la politique du club.

Le visage de l’ASSE du XXIe siècle ?

Rarement un portrait n’aura été si difficile à écrire. Loué pour ses qualités professionnelles mais critiqué pour son incompétence. Adoubé pour ses qualités dans la gestion humaine mais vilipendé pour sa gestion humaine impitoyable. Paquet est un homme mystérieux, dont l’efficacité se mesurera au jour le jour. Il pourrait incarner un nouveau management, typique d’une conception de l’entreprise du XXIe siècle : compétence et recherche absolue de la performance au détriment de l’humain, qu’il s’agisse des footballeurs ou des supporters. Il pourrait permettre à l’ASSE d’entamer une marche vers l’avant, en délaissant une gestion archaïque au profit d’une modernisation bienvenue à tous les étages. Son action dans le mercato semble décisive : il serait celui qui aurait tranché dans plusieurs dossiers, notamment pour la venue de Neven Subotic. Si Roland Romeyer, in fine, gérait son argent avec l’ASSE, confier la direction du club à une tierce personne pourrait être salutaire avec une prise de risque mesurée. Toutefois, pour sa gestion humaine, il apparait qu’il vaut mieux être avec Frédéric Paquet que contre lui… Cette dureté dans la gestion pourrait malgré tout servir le club en accomplissant un nettoyage des parasites et courtisans inutiles qui sucent le sang du club.

 

Pour le reste, le jugement attendra les actes.

3 Responses

  1. Anonyme dit :

    on s’emballe un trop vite, attendons vendredi soir pour juger réellement la valeur de sainté, il se sauvera , c’est sur.

  2. Joa dit :

    Cela m’a pris bien 35 minutes de ma soirée pour finir de lire cet article mais je ne me sens pas volé.

  3. noam dit :

    il restera pas le clubs sera vendu,

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